Au risque de lasser mes lecteurs et aimables commentateurs, je voudrais revenir aujourd’hui sur la pitoyable polémique lancée par la CTI (commission des titres d’ingénieur) au sujet d’éventuels masters avec un label d’ingénierie dans les universités. On rappelle que l’AERES a publié en décembre dernier un rapport dans lequel elle préconisait aux universités de développer des formations dans le domaine de l’ingénierie (lire ici). La CTI, se sentant probablement agressée, a fortement réagi à cette proposition, bien entendu suivie peu de temps après par la CGE (Conférence des grandes écoles) et la CDEFI (Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) (lire ici).

Aujourd’hui je vous propose quelques extraits d’une interview de Jean-Marc Monteil, professeur au CNAM (conservatoire national des arts et métiers), titré «Pourquoi l’université ne pourrait-elle pas diplômer en ingénierie ? », à lire dans la lettre de l’éducation (ici). Extraits :

« Tout est venu de l’idée que les universités puissent mettre en place une formation plus professionnalisante débouchant sur un « master en ingénierie ». Les écoles se sentent stigmatisées, concurrencées. Mais elles sont déjà en concurrence entre elles ! Ce n’est pas nouveau pour elles… […] On ne peut pas dire que l’université ne professionnalise pas assez et considérer, quand elle s’y met, qu’elle commet un crime de lèse-majesté contre les écoles ! »

« On ne peut pas considérer que la filière des écoles d’ingénieurs est idéale ! L’est-elle, d’ailleurs ? Il est certain que celles-ci insèrent mieux que l’université. Mais c’est la moindre des choses. Et il ne faut pas oublier que l’université a vocation à accueillir tout le monde. Bref, j’ai trouvé la réaction des écoles injustifiée. Et quand on voit l’étude de l’Institut Montaigne pointant le manque de goût des ingénieurs pour l’innovation, on peut se poser des questions. L’élite n’est pas, par essence, innovante. Ça s’apprend ! »

« Pourquoi l’université ne pourrait-elle pas diplômer en ingénierie ? Que sur cette question, une prise de conscience apparaisse dans le monde universitaire est assez sain et légitime… Cela n’enlèverait aucune prérogative aux écoles. Le problème concerne l’exclusivité de la délivrance du diplôme d’ingénieur. Mais les écoles ne peuvent pas prôner l’émulation et la refuser en même temps ! »

« L’ambition que nous devrions tous avoir pour l’avenir de notre pays, de sa jeunesse, devrait nous pousser à aller au-delà de cette polémique ».

Que pourrait signifier un dépassement de cette polémique ? Simplement jeter le rapport de l’AERES à la poubelle ? ou bien au contraire, prendre conscience que notre structuration de l’enseignement supérieur pourrait évoluer ? Le plus étonnant dans l’histoire est le silence assourdissant de l’université sur ce sujet …

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