Poursuivons aujourd’hui notre examen des raisons qui pourraient conduire certains à mépriser l’université. Dan (visseur caléidoscope), dans un commentaire récent, nous a suggéré que le blocage idéologique et les grandes grèves pouvaient constituer des éléments peu propices à faire de l’université une structure qui attire. Relisons Dan :

Deuxième raison : le blocage idéologique chaque fois qu’il y a eu une tentative d’améliorer les choses. L’image de l’université, c’est triste à dire, mais c’est Tolbiac, Rennes 2, Montpellier 3. Malheureusement, à vouloir faire une université unique, c’est l’université très largement majoritaire, celle de lettres, qui a imposé son image. J’ai visité Nanterre il y a quelques années. C’était absolument dégueulasse, des affiches partout, du papier qui traînait, des panneaux d’affichages maculés. Quand vous allez dans un restaurant où vous trouvez des journaux au sol, des mégots, des canettes, vous ressortez en courant et vous en gardez une très mauvaise image. Que les enseignants et le corps administratif de l’université acceptent ça, c’est incompréhensible.

3e raison : les grandes grèves. D’abord parce que ces grèves sont menées par des minorités méprisantes de l’intérêt général, mais que les autres se couchent devant elles. Ensuite parce que très souvent le corps enseignant rejoint les revendications éternelles de la minorité agissante. Enfin parce que ces grèves, très mal ressenties par tous les étudiants qui travaillent, sont extrêmement coûteuses pour ceux qui doivent payer leur loyer et leur subsistance. Et puis, lorsqu’après 4 mois d’interruption, le taux de diplômés est le même que d’habitude, on ne peut pas empêcher de crier à la fumisterie, et de se dire que, si l’on peut délivrer le même diplôme pour 4 mois de cours ou 8 mois de cours, c’est vraiment que le diplôme ne vaut rien ou que les cours ne servent à rien.

Sur le blocage idéologique, je pense que Dan exagère un peu. Il y a certes très souvent des oppositions sur les réformes mais cela n’est pas vraiment idéologique. C’est plutôt une sorte de réflexe transmis de génération en génération, comme une ritournelle immuable « ministre si tu savais, ta réforme, ta réfooooorme, ministre si tu savais ta réforme où on s’la … ». Enfin rien de grave, un réflexe je vous dis. Il faut juste savoir que le milieu est très conservateur et n’aime pas les changements. Il suffit de prononcer le mot « réforme » pour enclencher la ritournelle.

C’est un peu curieux d’ailleurs que le milieu universitaire n’aime pas les changements. A bien y réfléchir, les universitaires devraient plutôt être à la pointe du changement étant donné que la noble institution renferme en son sein nombre d’intellectuels et observateurs de la société. Ils devraient même savoir anticiper les changements ou au pire s’y adapter plus vite que tout le monde. Ou peut-être qu’à force de regarder la société, ils se sont figés sur place, ou bien ça allait trop vite pour eux, ou ils se sont endormis ? Mais à force de ne rien faire, l’université est restée telle qu’elle était il y a quarante ans, période de plein emploi et avec peu d’étudiants à gérer. Oh qu’il devait être agréable d’aller y faire ses humanités. Peu importe ce qu’on y étudiait, du boulot il y en avait pour tout le monde de toute façon. Le cœur léger on pouvait aller batifoler d’un cours à l’autre, ou ailleurs … Aujourd’hui c’est un peu différent : du boulot y’en a pas et la grande massification est passée par là. L’université a-t-elle changé pour autant ? Pas vraiment, à vrai dire … elle est restée l’université du savoir (dit-elle) dans un monde wikipédia basé sur les connaissances et les compétences …

Quand on discute blocage, ça me fait penser au mouvement noniste de 2009. Je me souviens qu’à cette époque il y avait eu mouvement assez dur et assez long. Tout le monde a oublié aujourd’hui. A ce sujet, juste une petite anecdote, passée assez inaperçue mais qui traduit bien l’état d’esprit des leaders de ce glorieux mouvement universitaire. A son terme, l’association SLU avait lancé un appel pour refaire de l’université un objet politique. Extrait : « les conditions commençaient à être réunies pour que le dossier devienne politique aux yeux d’une bonne part des collègues concernés : comme dans tout agir politique, s’y sont croisés ethosindividuel, conscience des droits et devoirs d’un groupe constitué et réinscription de l’université dans le champ social et politique ». […] « ce regain d’action collective est riche de perspectives à moyen terme. Il pourrait déboucher sur une repolitisation du milieu universitaire. Il a d’ores et déjà refait de l’université un objet politique ». Lire ici et ici. Pour ma part je trouve un peu curieuse cette idée de chercher à politiser un service public. Mais c’est certainement très acceptable car aucun intellectuel n’a contesté cette tentative de SLU (à ma connaissance).

D’ailleurs je n’ai pas non plus entendu d’intellectuels s’offusquer de la tentative d’ostracisme de certains universitaires contre le journal Le Monde en avril 2009. Ah quelle noblesse d’âme : appel au boycott, pire encore, à la mise à mort du média fautif de n’avoir pas suffisamment accompagné avec complaisance le mouvement … Luc était si seul à cette époque …

Pour les grèves, Dan exagère encore. Ca fait deux ans que les universitaires se tiennent bien tranquilles. D’ailleurs ils sont très occupés à écrire les projets des bidulex. Ils s’y sont jetés à corps perdu, preuve qu’ils ont bien intégré le concept d’excellence et d’élitisme. Je peux vous affirmer que ça fait du ménage, les A+ d’un coté, les gros nuls de l’autre. Au moins on sait à quoi s’en tenir.

Il est vrai que ces grèves n’étaient pas conduites par la majorité des personnels de l’université, loin de là et contrairement à ce qu’on a voulu nous faire croire. Il faut quand même admettre que c’était très courageux, si on en croit les témoignages de certains grévistes qui, après 3 mois de mouvement, se comparaient aux mineurs britanniques sous le gouvernement Thatcher dans les années 80. Trois mois de privation de salaire, ça a de quoi forcer le respect ! Dan nous dit que « ces grèves sont menées par des minorités méprisantes de l’intérêt général, mais que les autres se couchent devant elles ». Moi aussi je me suis demandée ce que faisaient les autres. Ils étaient assez passifs. Je pense qu’ils étaient dans un grand doute et soumis à une pression assez pesante. Il ne faut pas leur en vouloir, Sarkozy a fait ce qu’il fallait avec son discours du 22 janvier 2009. Je me souviens aussi de la première AG dans mon université, j’avais pris la parole pour défendre la LRU (quelle cruche !). J’ai été mitraillée vite fait bien fait et laissée pour morte dans l’amphi. J’ai mis du temps à m’en remettre, j’en porte encore ces cicatrices, ce blog en est la preuve.

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