Nous parlons de choses graves et sérieuses et j’ai aussi envie de détendre un peu l’atmosphère en vous racontant quelques autres… perles de la vie sur l’étrange T1852. Quand je dis étrange, je ne crois pas si bien dire, vous allez voir, et ça vous apprendra quelques autres détails piquants de cet univers qui aillent au delà du montant des droits d’inscription et du statut professoral.

C’est la lecture du Quotidien, nom peu imaginatif du journal de l’Université, ce soir à la cafétéria, qui m’a donné envie de partager ces préoccupations essentielles avec vous. Imaginez donc ce qui a fait la couverture de ce journal dans son édition de mardi. Un scandale, évidemment. Une de ces affaires qui ébranlent les universités. Triche à l’examen? Droits d’inscription trop élevés? Prof exerçant le droit de cuissage? Non, le scandale qui secoue de rage et soulève coeurs et estomacs dans cette institution s’appelle NQR. Sans doute une drogue expérimentale qu’on a fait essayer de force à une naïve tribu amazonienne? Un système informatique pervers qui traque l’affiliation politique des étudiants?

NQR est en fait une auguste tradition universitaire… le Naked Quad Run, autrement dit, la course nudiste autour du quadrangle central du campus. Ça fait vaguement penser à la scène des Chariots de Feu qui montrait une course désormais disparue à Cambridge se tenant autour de la grande cour de Trinity College sur les douze coups de midi. Sauf que cette course, nudiste donc, se tient traditionnellement la dernière semaine avant les congés de Noël, par un froid de canard, et ça n’est supportable qu’en étant fin saoul. Je ne sais pas de quand date cette tradition mais elle est assez antique pour les autorités universitaires se croient obligées de la tolérer. En décembre dernier donc, avant mon arrivée (franchement j’avoue ma curiosité, et on ne précise pas si les deux sexes sont conviés…) la course a eu lieu, et ce après la première des importantes tempêtes de neige qui se sont succédées cet hiver. C’est dire, dans des conditions encore plus insupportables que d’habitude, avec des risques particuliers liés à la météo et la surconsommation alcoolique encore plus déchainée que d’habitude. Un peu tard, les autorités ont décidé qu’elles siffleraient la fin de la fête un peu plus tôt que d’habitude, et ont donné leurs instructions à la police du campus.

Attention, on ne discute pas avec la police du campus. Je me rappelle d’officiers aimables, jeunes, chics, faisant le tour du campus en Harley et l’air plutôt cools même s’ils portaient des gros Colt. Aujourd’hui, ce sont des malabars bodybuildés à crâne intégralement rasés, raybans vissés autour de la tête, pilotant des SUV à la vitesse où ils conduisaient encore récemment un Humvee dans les ruelles de Tikrit, et ils ont à la ceinture des automatiques à quinze cartouches. Les officiers se sont donc déployés sur la cour, rameutant les compétiteurs nus et leurs supporters et leur intimant l’ordre d’aller se coucher, ce que la masse hurlante et enivrée a évidemment refusé de faire. Alors qu’un policier s’efforçait d’appréhender un des intrépides athlètes en tenue d’Adam (ou d’Ève?) un autre étudiant s’est interposé et la bagarre a éclaté. Ledit étudiant s’est retrouvé derechef menotté et embarqué au poste et une plainte déposée, tant devant le système universitaire qu’au parquet du Commonwealth pour voies de fait sur un officier de police, tentatives de coups et blessures sur un agent de la force publique, refus d’obtempérer et résistance à l’arrestation.

Les étudiants étaient trop pressés de partir en vacances, donc l’affaire a peu rebondi pendant les congés, mais elle a éclaté depuis la reprise du semestre, trouvant un début de dénouement la semaine passé lorsque l’étudiant est passé en jugement devant le tribunal local. Le Quotidien s’est procuré le procès verbal hilarant de l’audience. L’étudiant a été reconnu coupable mais s’est vu infliger 30 heures de travaux d’intérêt collectif et l’obligation de s’excuser par écrit aux agents de police, et s’est d’ailleurs exécuté, mais le juge était éberlué qu’une telle affaire ne se soit pas réglée en interne et ait fini devant le tribunal, qui avait d’autres chats à fouetter. « L’affaire aurait dû être réglée à T1852, puisque de tels incidents se produisent inévitablement en de tels occasions burlesques propres aux écoles… Le juge a émis des réserves sur la version policière des faits, rappelant que l’étudiant avait reconnu avoir abordé les officiers parce qu’il pensait que ceux ci pouvaient se comporter de façon inappropriée en cherchant à maîtriser l’étudiant(e) nu(e) » Un responsable universitaire a par ailleurs déclaré « que ni l’université ni sa police n’ont jamais été confortables par rapport à un évènement où dans les faits ils autorisent que se produise de la nudité en public en sus d’un abus considérable et anormal d’alcool, ‘ce qui est défendu par la loi tout autre jour de l’année’ Réplique du juge: ‘Voyons, ce n’est pas John Dillinger que nous avons dans le box des accusés!’ [en référence au fameux gangster des années trente]. Côté académique, l’étudiant risque peut-être la suspension…

En nouvelles plus légères, sachez aussi que les ingénieurs universitaires planchent sur une épineuse question: comment installer un système GPS qui puisse renseigner les étudiants sur l’approche du bus navette qui les emmène jusqu’à la station de métro. Vraie question, vingt cinq minutes d’attente glaciale l’autre soir pourront l’attester. Le véhicule principal dispose d’un GPS intégré, et donc lorsqu’il est de service, on peut le repérer. Le problème, c’est que la flotte de navettes varie selon les jours de la semaine et les conducteurs, et certaines ne sont pourvues que d’un GPS portable… que les conducteurs oublient systématiquement d’emporter lorsqu’ils prennent leur service. Impossible donc de savoir où diable est passé ce bus, alors qu’il sillonne le quartier… Combien d’ingénieurs faut-il pour résoudre ce problème?