Le climat reste peu clément et T1852 reste recouverte d’une quantité impressionnante de neige, laquelle a gelé sous l’effet des pluies de cette semaine. En revanche le semestre s’est bien engagé et la « période des courses » est désormais achevée, c’est l’occasion donc de poursuivre un peu le compte rendu des découvertes de l’Astronaute sur cette étrange planète.

Précisons que la base FSLD offre un cursus assez divers, mais essentiellement centré sur l’obtention d’un Master en relations internationales en deux ans. Il existe aussi un autre Master de droit international, un Master de business international et un cursus doctoral. La première formation est celle qui comprend le plus d’étudiants, actuellement environ 400. L’obtention du Master est conditionné à la rédaction d’une thèse (laquelle doit être remise au premier mois du dernier semestre, autrement dit, nombre d’entre elles sont en cours d’être rendues cette même semaine) et la validation de crédits qui couvrent au moins seize cours sur quatre semestres. Les cours sont choisis dans un catalogue de plus de trois cents cours et séminaires, mais il y a des règles. Les cours sont eux-mêmes divisés en trois catégories, Histoire/Politique, Droit international, Économie internationale. Les étudiants construisent leur cursus en choisissant une « concentration » (ailleurs on dirait une « majeure ») qui leur impose donc de choisir les cours dans chacune des trois catégories (ainsi ils peuvent vraiment avoir une formation pluridisciplinaire) avec l’accent mis sur leur catégorie de concentration. Par exemple, s’ils prennent quatre cours par semestre, ils en choisissent deux dans leur catégorie de concentration, et les deux autres dans les deux autres (l’idée étant qu’ils prennent toujours un cours de chaque catégorie par semestre).

Les « courses » s’imposent donc car la variété des travaux requis (en principe, toujours des lectures assez fournies: 200 pages par semaine sur un cours sont très courant; multipliez ça par quatre…) nécessite une solide organisation. D’autant plus qu’il est possible pour les étudiants de valider des crédits en suivant certains cours offerts à l’université partenaire, H1636, dans les bases HLS, HBS et JFKSG. Les étudiants choisissent donc les cours en fonction de leur utilité pour leur cursus, du travail exigé et aussi il faut bien le dire la réputation de l’enseignant. Certains collègues ici sont des « stars », cela dépend de leur carrière passée, mais aussi de leur capacité pédagogique. Certains cours sont très suivis, même s’ils sont réputés difficiles, parce que le prof est connu pour être un excellent animateur, pour posséder une expérience pratique et professionnelle du sujet qu’il enseigne (on a donc un corps enseignant en majorité composé de praticiens: les juristes ont exercé, de même que les économistes, dans les secteurs privés et publics, quand aux politistes et historiens, ils ont souvenant détenu des fonctions publiques dans le passé, ou même le présent. Attention cependant, de telles fonctions ne sont nullement sujettes à un statut d’emploi à vie, de fait, une fois la fonction terminée, ces personnes reviennent à l’enseignement où à leur autre activité d’expertise.

L’Astronaute étant un nouveau dans cet univers, comment s’est-il tiré des « courses »? Si vous considérez le nombre d’étudiants inscrits, vous allez sans doute conclure qu’il est plutôt mauvais dans son domaine et que les étudiants l’ont volontairement fui, comme inutile à leur cursus ou incapable de leur apporter l’enseignement pratique qu’ils recherchent (après tout, c’est un Master « professionnalisant » qu’ils poursuivent. Mon cours magistral compte six inscrits plus un auditeur libre, et mon séminaire, deux étudiants plus un auditeur. Je reconnais avoir été moi même un temps presque choqué par ce chiffre, alors qu’à la séance de présentation j’avais eu pas loin de quarante personnes présentes pour le cours magistral et une vingtaine pour le séminaire. Conséquence des chiffres d’inscrits définitifs: j’ai été changé de salle de cours. Rassurez vous, je n’y ai pas perdu au change. Je ne suis plus dans le joli amphi à deux projecteurs mais dans une salle un peu plus petite, de même niveau, à l’équipement tout à fait identique est moderne. Seul problème dont on s’est rendu compte cette semaine, avec les baies vitrées, cette salle est un difficile à chauffer en ce moment. Quand au séminaire il se retrouve dans une petite salle d’entresol, mais pourvue d’une grande table ronde qui se prête bien à une séance de discussions.

Les motivations de choix des cours pour ces quelques étudiants peuvent être assez variées. Le cours magistral offre une utilité essentiellement de culture générale pour des étudiants se destinant à une carrière publique internationale. Quand au séminaire, il est plus pratique et aborde une étude régionale, et les deux inscrites sont l’une diplomate en cours de carrière, l’autre s’apprêtant à tenter le concours.

Le rythme ici est légèrement différent de celui auquel j’ai été habitué, typiquement un cours magistral ne dure qu’une heure un quart, mais il a lieu deux fois par semaine. Un séminaire, plus classiquement, est hebdomadaire et dure deux heures. Le mien, comme j’ai remarqué précédemment, se trouve avoir lieu pendant la « social hour » hebdomadaire qui permet aux étudiants de se retrouver autour d’un apéro et un buffet. Cela a peut-être eu un impact sur la fréquentation chez moi, il n’y a d’ailleurs que deux autres cours ayant lieu sur ce même créneau. Avant hier, c’était le nouvel an chinois et le buffet avait donc un thème asiatique. Nous étions dans notre entresol a tenter de résister au fumet appétissant des mets qu’on servait au dessus… et malheureusement tout avait été mangé le temps que nous terminions.

Je dois avouer que je trouve ce cours magistral de durée raccourcie assez pratique, en ayant deux cours par semaine on couvre tout de même beaucoup de matériau; à l’INALCO en revanche j’ai d’habitude un cours qui dure trois heures, qu’il faut interrompre pour des pauses-café-pipi qui tendent à se prolonger car une fois qu’ils sont sortis les étudiants tardent à revenir. En tout cas parler moins longtemps repose aussi la voix, et en ce moment, m’étant enrhumé, celle-ci est un peu délicate.

Donc j’ai très peu d’étudiants; en revanche ce petit nombre est très hautement motivé et les cours ont été extrêmement interactifs; ils viennent préparés par les lectures extensives et ont donc beaucoup de questions. J’ai fait allusion au fait qu’en France j’ai souvent vu des étudiants qui ne prenaient aucune note: ici, ils grattent très consciencieusement, et en majorité, sur des cahiers. J’ai le cas d’un qui tape ses notes pour ordinateur mais j’ai remarqué que ses yeux restent rivés sur moi plutôt que sur l’écran (ce que je crois que je serais incapable de faire) et justement il pose des questions d’autant plus souvent. On peut donc aboutir à une conclusion au sujet de ces « courses »: elle peuvent être un concours de popularité entre types de cours ou enseignants, mais elles semblent assurées que seuls les étudiants les plus hautement motivés se retrouvent dans la classe, et le résultat est extrêmement positif pour l’atmosphère. Bien entendu, c’est le cas particulièrement pour des cours optionnels, les cours obligatoires (qui existent, mais surtout en premier cycle) rassemblent des nombres d’étudiants bien plus importants, mais la culture d’interaction y reste très vivace. Dans une discussion avec mon collègue de bureau qui a aussi un cours avec un petit nombre d’étudiants, il m’a fait remarquer que certains étudiants croyaient acquérir un plus sur leur CV en ayant suivi le cours de tel prof, mais ils oublient qu’en étant près d’une centaine à tenir le même raisonnement, ils se mettent davantage en concurrence en acquérant des spécialisations si similaires. Ils s’en rendent moins compte car une particularité de cette école est que l’esprit de compétition y est très peu visible, au contraire, l’esprit d’équipe prédomine, les groupes d’études se forment spontanément et l’entraide y est coutumière. C’est donc très loin d’être la jungle qu’on peut observer, en revanche, à la fameuse HLS, où les jeunes loups s’observent avec force grognements.

L’autre résultat de ce petit nombre d’étudiants, qui ne me vaut même pas de voir mon contrat résilié, est que je vais pouvoir consacrer pratiquement quatre jours de la semaine à la recherche et à l’étude personnelles, une occasion vraiment agréable étant donné la richesse des collections qui m’intéressent ici. Je me suis rendu à H1636 où une jolie rouquine super aimable (tout le monde est aimable et souriant ici, je sais, on dit souvent que c’est factice et imposé par la culture ambiante, mais c’est bigrement plus agréable que les fonctionnaires ronchons par principe) m’a concocté une carte d’accès et d’emprunt sur simple présentation de mon badge… à moi les rayonnages de vieux grimoires empoussiérés à perte de vue!

Publicités