On parle souvent de l’université en évoquant des amphis bondés. Si cette image n’est certainement pas fausse pour les sciences humaines et sociales ou en médecine, elle ne traduit pas vraiment ce qui se passe en sciences « dures ». Pour ces dernières disciplines, les étudiants sont devenus peu nombreux, pour ne pas dire en voie de disparition. Il y a deux raisons à cela. Tout d’abord on peut évoquer la fameuse désaffection des filières scientifiques observée depuis une quinzaine d’année dans beaucoup de pays. La deuxième raison correspond à une spécificité française qui est la fragmentation de notre enseignement supérieur et donc la présence de nombreuses filières périphériques.

L’université « voiture balai »: Un étudiant titulaire d’un bac scientifique a beaucoup de choix d’orientation (prépa, BTS, IUT, Université). Les meilleurs sont fortement incités à faire une prépa (intégrée ou non) car c’est la voie royale, celle des élites de la société française. Les suivants, ceux qui ne sont pas mauvais sans être « excellents », trouvent une place dans les BTS et IUT. L’IUT est devenu un très bon placement, permettant d’assurer un diplôme Bac +2 mais surtout ils sont maintenant des tremplins efficaces vers les écoles d’ingénieurs (rappelons que 80 % des titulaires de DUT poursuivent leurs études). Et enfin, ceux qui restent, les « gros nuls » qui ne trouvent pas de place dans les filières sélectives, vont à l’université dans les licences académiques, souvent donc par dépit. On peut constater toute l’absurdité de ce système car ces derniers étudiants ont un niveau faible qui n’est pas du tout adapté à suivre des cursus académiques, à priori de plus longue durée (comparés aux filières professionnalisantes que sont les BTS et IUT). Mais bon, ce système perdure depuis longtemps et personne ne semble s’en émouvoir, je suis certainement la seule à trouver ça inadapté …

En 2007, quand Valérie Pécresse est arrivée au ministère, c’était intéressant. Elle parlait de remettre l’université au centre du système, de rapprocher les grandes écoles et les universités, elle évoquait même la possibilité d’ouvrir des classes prépa dans les universités, les IUT et IUFM redevenaient des composantes des universités et on envisageait d’incorporer progressivement les BTS (en commençant par les métiers de la santé). Bref moi, petite universitaire naïve et désuète,  j’y voyais un beau projet, un espoir d’une construction d’un service public enfin cohérent et qui pourrait offrir des réponses adaptées aux bacheliers. Presque quatre ans après, il faut convenir que rien n’a vraiment changé. Les beaux discours de 2007 ont été rangés dans le placard. Il est vrai qu’entre temps on a eu le droit en 2009 à un magnifique mouvement noniste, ce qui a certainement plombé toute velléité d’investir dans les formations de l’université. De plus, les puissants lobbies écoles-agrégés-entreprises ont joué de toutes leurs influences pour sauvegarder leurs donjons respectifs. Ainsi, comme c’est devenu une habitude, toute l’attention s’est portée vers les filières sélectives, avec les internats d’excellence, les cordées de la réussite (car pour réussir, c’est bien connu qu’il faut contourner l’université …) et le thème de la démocratisation de l’enseignement supérieur qui s’est résumé à 30 % de boursiers dans les grandes écoles. Certes on pourra dire qu’il y a eu un plan licence, mais qui a manifestement capoté, d’ailleurs ça n’intéresse pas grand monde.

Ces derniers jours, on apprend que le ministère va encore ouvrir des classes préparatoires dans les lycées, avec une forte coloration technologique (lire ici, les Echos). A la rentrée 2011, il y aura 44 classes de prépas en plus, soit 1300-1500 élèves qui passeront de l’université vers les lycées (et pas les plus mauvais d’entre eux, bien entendu). On pourra arguer que ces classes prépa ont des partenariats avec les universités mais c’est encore clairement ouvrir des formations scientifiques en dehors des universités alors que ces dernières n’ont guère plus d’étudiants : le contribuable appréciera. La cible ? Les écoles d’ingénieurs et de commerce, bien entendu. Car ces dernières ont des difficultés à recruter tant le réservoir devient serré. Tout cela est bien habillé avec le thème de démocratisation « Il s’agit notamment de développer la filière ingénieurs, de valoriser la filière technologique en encourageant des élèves qui, souvent, s’autocensurent, à continuer leurs études. L’objectif est aussi de poursuivre la politique d’ouverture sociale des grandes écoles, demandée par la ministre » (Les Echos).

Pour ma part je pense que ce n’est pas la bonne voie à suivre. Si on veut vraiment investir dans la démocratisation de l’enseignement supérieur, c’est vers l’université qu’il faut se tourner. Elle seule est capable de répondre à ce défi.

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