Nouvelles salutations de T1852, où des tourbillons de neige se succèdent depuis la matinée… d’ailleurs, le système d’alerte météo de l’Université a anticipé la situation, par mail spécial tous les riverains ont été informés qu’à compter de hier 23 heures et jusqu’à ce matin 8 heures, tout stationnement est interdit sur le campus afin de permettre aux véhicules de déblayage et de salage de circuler sans entrave. On a même mis une pelle à ma disposition pour que je participe à l’effort commun (surtout, devant ma propre porte). Il est des jours où je me dis que je devrais investir dans un robot-pelleteuse. Sur les systèmes de communication, ils nous est recommandé de demeurer au foyer jusqu’à environ 11 heures si c’est possible, et n’ayant pas d’obligations immédiates, j’en profite donc, et ainsi puis-je présenter mon dernier rapport à la Gaia Universitas!

D’abord, beaucoup de choses à dire, ces derniers jours ayant été riches en évènements et expériences et j’espère pouvoir en faire un compte rendu aussi complet qu’intéressant…

Pour commencer, des dangers d’une société trop informatisée. Mes démarches administratives d’engagement, renseignements personnels, formulaires fiscaux et résidentiels doivent tous être accomplis sur un serveur spécial. Pour accéder à ce serveur, comme pour écrire des chroniques sur la Gaia Universitas, il faut un identifiant, et un mot de passe. Déjà que l’on croule sous les identifiants divers et mots de passe pour les comptes mails multipliés, les publications auxquelles ont est abonné, la banque, les achats en ligne, l’association bouliste et tutti quanti, devoir en créer et modifier de nouveaux donne le tournis. Bien sûr, on ne peut pas recevoir d’identifiant et de mot de passe temporaires par mail, étant donné que le compte mail n’a pas encore été activé… ce compte mail, pour être activé, il faut avoir fait toutes les démarches administratives sur le serveur… et pour accéder au serveur, il faut, bien sur, l’identifiant et le mot de passe! Je reçois donc ces données sur une lettre imprimée sur du vrai papier. Et voici que le serveur n’accepte ni mon identifiant, ni mon mot de passe. Même les secrétaires, qui en ont vu d’autres et au fond sont quelques peu luddites face à cette absurdité technique, n’en reviennent pas. On passe des heures à téléphoner d’un bureau à l’autre, avec le support informatique, pour découvrir qu’avec le temps, l’identifiant et le mot de passe ont été invalidés, car j’aurais dû les utiliser plus tôt! On ne me les avait pas envoyés à temps, je cheminais encore à travers l’espace intersidéral. Enfin on m’envoie l’identifiant et surtout le mot de passe temporaire, qui est, typiquement, du genre « MøT 2 p@ssE ». La procédure d’inscription peut commencer.

Renseignements perso, personnes à contacter… ce qui intéresse vraiment l’administration universitaire, c’est le formulaire fiscal et le formulaire de résidence, lequel intéresse aussi particulièrement le Département de la Sécurité Intérieure. Cependant, vous ne pouvez pas accéder à ce stade de la procédure avant d’avoir franchi celle de la rémunération par virement, pour cela il faut des coordonnées bancaires. Or, le compte en banque n’a pas encore été ouvert, pour cause de weekend et jour férié! On interrompt donc la procédure en priant pour que les données déjà enregistrées soient sauvegardées, on se rend à la station de métro, on prend le métro et on se rend dans la grande banque qu’on a repéré. On ouvre un compte… misère, tout est informatisé ici aussi! Un compte courant ne se gère désormais qu’en ligne, toutes les transactions se font par distributeur, vous n’avez jamais de guichetier humain devant vous et si vous avez une question, appelez le numéro vert… qui ne manquera pas de se trouver du côté de Bangalore ou Hyderabad! Et pour finir d’activer votre compte, vous devez aller dans un café qui offre la wifi gratuite (un latte à 4 bucks au passage) pour pouvoir vous connecter sur Votrebanquefidele.com et cliquer sur le bouton où vous acceptez les conditions et activer vos différents réglages… Cela fait, vous pouvez revenir au campus et terminer votre procédure… ça commence à aller mieux.

Le lendemain, dans votre joli bureau, vous constatez que votre portable et votre IPad, qui se connectent très bien à la maison et même au café ou au fast food, ne vous admettent pas sur la wifi du campus… on vous demande encore des mots de passe! Le service technique se gratte la tête et vous rappellera demain pour résoudre cette énigme mystérieuse…

A part cela, la réception venant de tous les coins est bien sympathique, on a offert aux petits nouveaux un petit déjeuner (et du café apporté dans une curieuse outre en carton avec versoir, capacité deux litres!). On vous a présenté la culture de l’établissement, ses services administratifs (c’était avant le fiasco de l’enregistrement informatique) et les moyens techniques et les ressources de la bibliothèque. On vous explique que la base de données, à elle seule, donne accès à 65 000 revues en ligne. Vous aurez la possibilité d’obtenir une carte de lecteur chez H1636 avec ses 22 millions de volumes. Chaque salle de classe a un pupitre qui renferme ordinateur, magnétoscope, lecteur DVD (région 1 précise-t-on, mais on peut en demander un multirégion…), vous pouvez même y raccorder des hauts-parleurs si vous présentez un fichier audio. Allumez l’ordi, deux écrans tombent du plafond, orientés de façon à ce que chaque auditeur, assis dans le petit amphi en demi-cercle (boiseries crémeuses, moquette vive, multiprises sous chaque chaise…) puissent bien voir. je n’ai pas encore trouvé comment tamiser la lumière…

Je suis aussi allé voir la police du campus, qui m’a donné un super badge qui me permet de m’introduire à toute heure dans n’importe quel bâtiment. Du moins, quand j’ai d’abord essayé d’entrer dans la salle du courrier pour vérifier ma boite au lettres, au premier coup ça n’a pas marché.

Le bureau: il est suffisamment spacieux pour deux et ce qui est pratique c’est que le collègue ne s’en sert que du lundi au mercredi, voyageant ailleurs le reste de la semaine. Il devrait y avoir un troisième larron mais il n’a pas encore fait son apparition. Il y a un téléphone, incroyable, un numéro professionnel! Il marche en plus, ce qui permet d’appeler le service de support informatique pour ces invraisemblables démarches autour du mot de passe et de la wifi. En revanche il y a aussi un système de messagerie, lequel clignote mais on n’a pas le code d’accès donc impossible de prendre le message… et le réceptionniste, qui connait tout, avoue ne pas trop comprendre lui-même comment marche ce téléphone… enfin. Dans les tiroirs, il y a crayons, papiers, post-its… les photocopieuses sont en libre accès total, pas de code à taper qui vous contrôle et dit que vous consommez trop. Il y a même des micro-ondes pour réchauffer votre déjeuner si la cafétéria ne vous dit pas! (Il faut dire que les étudiants ont bouffé tous les sandwichs avant 13h)

Les cours. Pour commencer, les étudiants « font leurs courses ». Ils assistent à des exposés d’une quinzaine de minutes sur les contenus, la charge de lecture, les exercices, ils posent quelques questions… puis s’en vont dans la salle d’à côté voir ce que présente le collègue, tandis qu’une nouvelle fournée vient vous voir… Idem pour le second cours. Je croyais avoir fait un tabac, une quarantaine sont venus assister à la présentation du cours magistral (pas mal sur une promotion de deux cents qui font une formation pluridisciplinaire) et un peu moins de vingt pour le séminaire, pas mauvais non plus. Jour du premier cours: dix sept se présentent, alors qu’on a imprimé d’urgence 35 syllabi parce que, bien sûr, sans mot de passe, pas d’accès à l’environnement numérique de travail, qu’on appelle ici « Blackboard ». Bon, ce n’est pas mauvais non plus, cela permet de répondre aux questions, et ils sont tous très attentifs (surtout les deux Chinois au premier rang). Le séminaire, là c’est la déconvenue: une seule étudiante, plus un de vos anciens qui était dans les parages, c’est une longue histoire. ça fait très cours particulier, surtout que la salle est vaste, et que de temps à autre des étudiants entrent pour emprunter des chaises pour le cours d’à côté qui déborde de candidats. Fort heureusement, on apprend après coup qu’il y avait un buffet de vins et fromages offerts dans le grand salon, et c’est là que tout le monde est allé parce que la bouffe gratuite est une obsession des étudiants de 3ème cycle… on rattrapera le séminaire la semaine prochaine!

Voici donc un petit compte-rendu, loin d’être exhaustif mais je pressens bien que ce n’est pas la fin de mes aventures. Je vais vous tenir au courant des tribulations du mot de passe, parce que l’utilisation des moyens techniques, ici, ça ne va pas être triste!

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