S’il y a un dossier au moins tout aussi important que celui des bidulex, c’est bien celui des IUT. On sait bien que les IUT souffrent depuis plus de deux ans d’un malaise, suite au passage à la LRU des universités et divers petits conflits locaux sur les moyens alloués, maintenant distribués par les tutelles universitaires et non plus directement par le ministère. Sur ce sujet, on pourra lire notre billet « IUT : la grand malaise », datant de l’année dernière mais qui reste encore d’actualité. Notre dernier billet sur le sujet date du 11 décembre dernier (lire ici), en réaction à un communiqué des présidents des IUT : « Les présidents des instituts universitaires de technologie (IUT) ont réclamé, vendredi 10 décembre, que soit revue la structure du réseau des IUT afin que ceux-ci soient dotés d’une « personnalité morale » leur permettant d’être indépendants des universités ».

Malheureusement, les choses n’en sont pas restées là. Le 16 décembre, curieusement sans que cela soit beaucoup médiatisé, l’ADIUT et l’UNPIUT (respectivement l’association des directeurs d’IUT et l’union nationale des présidents d’IUT) communiquent pour confirmer leur démarche « d’autonomie ». On trouvera un résumé sur la plateforme EducPros ici. Ils proposent un texte qui permettrait aux IUT de s’affranchir de la tutelle des universités, ceci en substituant une tutelle directe du ministère. « Les IUT doivent pouvoir choisir, selon les situations locales, de rester ou non sous la tutelle administrative de l’université », nous dit Jean-François Mazoin, président de l’ADIUT.

Hier j’ai reçu un commentaire (ici) placé dans un billet qui date de plus d’un an, bien évidemment personne, à part moi, n’a lu ce commentaire. Je le recopie ci-dessous :

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Au cours du vote le 16 Décembre 2010, l’ADIUT et l’UNPIUT souhaitent proposer un avenir des IUT hors du cadre de l’université, avec un vote

  1. sur le principe d’une structure nationale dotée de la personnalité morale
  2. regroupant, gérant et validant les moyens humains et financiers des IUT,
  3. labellisant les formations,
  4. portant la politique de formation et
  5. contribuant au développement et à la mise en œuvre de la politique de recherche des IUT.

Afin d’alimenter le débat, vous trouverez les éléments officiels issus des réunions, des documents parlementaires, les circulaires budgétaires ainsi que les positions syndicales et les réactions dans les médias http://sites.google.com/site/avenirdesiut/

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Le site en question est riche de documents, je vous invite à y faire un petit tour. On y trouve en effet des dépêches de l’AEF, des communiqués de presse, quelques articles de journaux, quelques prises de position de syndicats. Les informations y sont parfois contradictoires, ce qui témoigne certainement d’un mouvement qui n’obtient pas un consensus. « Mais il n’a jamais été question de sortir des universités. À ce stade, la question reste entièrement ouverte. L’idée est de donner le choix à chaque IUT » (Lionel Guillaumin, chargé de communication à l’Adiut). « Les IUT doivent pouvoir choisir, selon les situations locales, de rester ou non sous la tutelle administrative de l’université » (Jean-François Mazoin, président de l’ADIUT). Si je comprends bien le positionnement ça serait à chaque IUT de négocier « à la petite semaine » le devenir de chaque structure locale ? Ce positionnement est très surprenant car c’est laisser la décision aux spécificités locales de gouvernance des IUT et des universités. On sait que ces relations dépendent énormément des rapports humains entre équipes dirigeantes et du bon ou mauvais dialogue qui a pu s’instaurer, sans relation évidente avec une réflexion d’ensemble sur le meilleur positionnement à mettre en place.

Les divers communiqués souffrent également de contradictions évidentes. D’un coté il est proposé de créer « une structure nationale dotée d’une personnalité morale » et ainsi « garantir le maintien du système national IUT ». « Nous réfléchissons dans le cadre de l’enseignement supérieur global » nous dit Jean-Paul Vidal, président de l’Unpiut. D’un autre coté, le choix de rester ou non composante de l’université serait laissé à chaque IUT, ce qui n’a rien d’une démarche globale de l’enseignement supérieur … mais l’objectif est clair de la part des dirigeants des IUT: ne pas dépendre de l’université quant aux demandes de moyens, la confiance n’est donc toujours pas au rendez-vous, deux ans après la mise en place de la LRU.

Jean-François Mazoin président de l’Adiut, appelle au dialogue et à une grande concertation dans les IUT : « Notre proposition n’est pas une provocation. Elle n’est pas parfaite, mais elle doit permettre de discuter, d’ouvrir le débat, notamment au niveau local, car les situations sont très différentes selon les IUT. Nous ne disons pas que tous les IUT doivent sortir de l’université.». Il est ainsi prévu des réunions entre les responsables d’IUT, les élus et les acteurs socio-économiques pour mettre en place un texte qui sera ensuite soumis aux conseils des IUT, chacun prendrait alors sa décision (du moins si cette démarche est validée par le ministère, ce que je doute fort …). Lire tous les détails ici, dépèche de l’AEF.

Soulignons quelques réactions hors IUT: Valérie Pécresse déclare : « ll n’y a pas d’avenir pour les IUT en dehors des universités. lls ont tout à perdre à sortir du cadre universitaire » (lire ici). La CGPME (Confédération générale du patronat des petites et moyennes entreprises) considère « que des initiatives unilatérales locales, qu’elles émanent de directeurs ou de présidents, sont à bannir, comme contreproductives, voire dangereuses ; elles peuvent en particulier n’être que le reflet de conflits locaux d’intérêts, voire de revendications à caractère syndical, dont le débat actuel servirait de prétexte » […] « ll est hors de question d’avoir deux systèmes universitaires en France » (lire ici). Simone Bonnafous, vice-présidente sortante de la CPU: « On a autre chose à faire en France que d’inventer des crises quand il n’y en a pas » (lire ici). Soulignons également les réactions des organisations syndicales : SGEN-CFDT « L’avenir des IUT doit se construire dans l’université ». SNESUP : « L’avenir des IUT est dans les universités » (texte long et ambiguë, le SNESUP en profite aussi, bien entendu pour livrer une charge très sévère contre la LRU) (lire ici pour l’ensemble des réactions des organisations syndicales).

Alors quelle conclusion à tirer de cette situation ? Ouvrir le débat, oui, pourquoi pas ? Mais j’espère pour ma part qu’il n’aboutira pas à une fragmentation supplémentaire de notre enseignement supérieur.

Sur le même sujet, nos chroniques précédentes: « Faut-il réformer les IUT ? », « IUT maltraités », « IUT : le grand malaise », « Les IUT sont une chance », «Les directeurs d’IUT maintiennent la pression », «Les IUT réclament l’indépendance ».

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