Dans la construction des Labex (laboratoires d’excellence) et des Idex (initiatives d’excellence), la gouvernance est un thème central et complexe. En effet ces labex et Idex sont souvent multi-structures, multi-sites, multi-tutelles. Bref c’est un joyeux b… comment gouverner ces biludex dont les morceaux sont déjà gouvernés avec chacun leurs spécificités ?

Parlons d’abord des initiatives d’excellence, c’est plus simple étant donné que les projets préliminaires ne sont pas encore déposés et que donc à priori on ne sait pas encore vraiment ce que sera cette gouvernance. Lisons l’appel à projet : « Une Initiative d’excellence assure ainsi la promotion et le développement d’un périmètre d’excellence et impulse autour de lui une dynamique de structuration du site par la mise en oeuvre d’actions de recherche et de formation innovantes dans le cadre d’une gouvernance rénovée et performante » (lire l’appel à projet ici, site de l’ANR).

Qu’est-ce qu’une gouvernance rénovée et performante ? Comment peut-on rénover une gouvernance qui n’existe pas encore ? Ou alors cette nouvelle gouvernance vise-t-elle à remplacer celles déjà en place ? Cette phrase sous entendrait-elle que les gouvernances actuelles ne sont pas « performantes » ?

L’appel à projets donne quelques pistes pour cette gouvernance : « atteindre un degré élevé d’autonomie et une gouvernance équilibrée : un partage des rôles entre la communauté académique et l’exécutif pour le pilotage de l’Initiative d’excellence, une grande autonomie de gestion, sous le contrôle d’un conseil d’administration resserré, largement ouvert à des représentants extérieurs ; une capacité de décision rapide sur les choix stratégiques et leur mise en œuvre ». On comprend alors qu’une gouvernance rénovée et performante est celle qui sera resserrée tout en faisant une place importante aux représentants extérieurs, bref si mes calculs sont corrects, en réduisant donc la représentation de la communauté académique. Là je suis complètement perdue, car ce type de gouvernance me semble complètement contraire au principe d’autonomie … il faudra qu’on m’explique. Ca ressemble beaucoup plus à une mise sous pilotage de l’extérieur, non ?

Parlons maintenant des Labex (laboratoires d’excellence). L’appel à projet précise (lire ici) que « En cas de regroupement de plusieurs partenaires et d’un fonctionnement en réseau, il y a lieu de mettre en oeuvre une gouvernance intégrée, qui garantisse un pilotage commun, reposant sur un partenaire coordinateur unique, et que le projet s’attachera à décrire ». C’est à priori beaucoup moins directif que pour les Idex, beaucoup plus simple aussi mais pourtant les partenaires des labex n’ont pas hésité à construire de véritables usines à gaz, avec plein de conseils divers pour faire plaisir aux tutelles, aux partenaires des entreprises, aux politiques des régions … et puis ça fait tellement bien de mettre sur le papier qu’il va aussi y avoir des académiques extérieurs à fort rayonnement international … bonjour l’autonomie !

Mais on est habitué à cela quand on est universitaire, et c’est rassurant de pourvoir extérioriser la responsabilité d’une gouvernance. C’est aussi une façon de se protéger contre une l’ambiance « panier de crabes ». Tout est résumé dans un commentaire récent sur un fil parallèle sur ce blog « Ce qui me rassure, c’est que la gouvernance forte des labex sera constituée de personnes qui ne seront pas juges et parties ». Je ne sais pas trop si ce commentaire est sérieux ou bien ironique. Comme j’ai une petite cervelle de moineau, je vais le prendre au premier degré. Bref ce qui rassure les universitaires c’est que la gouvernance ne soit pas assurée par eux mêmes … fuite des responsabilités ? Peur de l’autonomie ? Peur d’avoir à trancher dans le maigre volume de bourses de thèse ou de post-doc qu’il y aura à distribuer dans ces labex ?

Finalement, Valérie Pécresse avait raison quand elle déclarait en juin 2009 « A travers ces six derniers mois, j‘ai été frappée de voir la force de méfiance qui anime la communauté universitaire. Les universitaires n’ont pas confiance en eux-même ni en leurs collègues. Ils doivent retrouver une légitimité sociale et une place symbolique que 25 ans d’abandon des universités, par des gouvernements de droite comme de gauche, ont sapée ».

Avec les bidulex, pilotex (pilotage d’excellence) est de retour … et ce n’est pas une bonne nouvelle !

Publicités