Hier N. Sarkozy a reçu quelques présidents d’université, dont le tout nouveau président de la CPU, Louis Vogel (lire ici, Le Monde). A l’heure de la mise en place du budget des universités pour 2011, le président Vogel a dit au président Sarkozy : « Pour l’instant, nous sommes au milieu du gué. Il faut poursuivre l’augmentation du budget des universités, car l’autonomie a un coût ! Nous n’avons pas assez de moyens et de personnels formés pour gérer nos ressources humaines ou notre budget ». Voilà qui est clair, on va voir très prochainement s’il est entendu avec la publication des budgets des universités.

Le grand emprunt était aussi au menu de la discussion. « Les investissements d’avenir ne devront pas être concentrés sur les seuls grands pôles universitaires, a-t-il (NS) confirmé aux présidents d’université, inquiets pour le sort des petites universités de proximité. L’excellence est partout. Dans les grands, comme dans les petits établissements. Mais ces derniers ne peuvent espérer un financement que pour l’une ou l’autre de leur spécialité de recherche. ». Là ça devient particulièrement intéressant car l’avenir de nos universités sera peut-être fortement influencé par ce grand emprunt. J’ai comme l’idée que ce discours ne déplait pas à Louis Vogel.

Profitons de l’occasion pour rappeler que Louis Vogel préconise de différencier les universités, à la fois pour les volets de la recherche et de l’enseignement. C’est une de ses recommandations de son récent livre « L’Université, une chance pour la France » dont nous avons déjà parlé ici. Extraits : « Le plus grand des maux de l’université, la sélection par l’échec au cours des premières années, disparaîtra quand chaque établissement affichera sa spécificité par rapport aux autres. L’université « générique » a fait son temps ». […] L’autonomie, qui libère de l’université générique en individualisant les établissements, est le seul moyen de réaliser cette différenciation. C’est le bon sens : il est absurde d’imposer à tous les étudiants de suivre le même parcours. […] Il faut cesser d’agir comme si tous les établissements étaient semblables (c’est faux et ceux qui sont informés le savent bien) et donner au contraire à chacun la possibilité de développer ses qualités particulières. L’égalitarisme produit souvent l’inégalité ». […]

Pour Louis Vogel, il n’y a pas les bonnes et les moins bonnes universités. Chacune aura son rôle différenciant. Certaines joueront le rôle de l’emploi local en créant des liens resserrés avec les entreprises du coin. D’autres auront une ambition internationale (les futures Idex, je pense). Pour réussir cette transformation, les universités auront donc intérêt à diversifier leurs parcours de formation « Pour répondre aux besoins, les formations ne doivent plus se couler dans un moule unique, mais se différencier le plus possible ». Ainsi le statut national des universités prendrait certainement fin étant donné qu’on n’aurait plus aucun caractère national, à la fois pour la recherche et pour l’enseignement. « Certains ont suggéré, pour éviter la sélection par l’échec, des solutions radicales comme la sélection à l’entrée à l’université : ce serait une mauvaise solution. Contrairement aux idées reçues, nous n’avons pas trop d’étudiants en France. Ils sont, au contraire, moins nombreux dans une classe d’âge que dans d’autres pays comparables. Ne les éloignons pas de l’université, mais proposons-leur des parcours adaptés à la diversité de leurs besoins, de leurs envies et de leurs aptitudes. Grâce à l’autonomie, nous y parviendrons ».

Le plus étonnant de cette rencontre entre présidents, toujours à la lumière de la chronique du Monde, c’est le dernier paragraphe de cette chronique : « Enfin, les présidents se sont inquiétés de l’après-2012. « Vous serez autonomes et responsables… Mais, avec moi, pas de risque, je vous soutiendrai… Vous pouvez dormir tranquille ! », a assuré le chef de l’Etat. « Ou ne pas dormir tranquille », a répliqué un président, en faisant référence à l’ensemble des chantiers ouverts depuis 2007 ».

Dormir ou ne pas dormir, là est tout la question …

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