Il faut se faire une raison : je suis devenue noniste ! En y réfléchissant bien, cela n’est pas vraiment surprenant. Ce blog est avant tout consacré au nonisme universitaire et à force de traiter le sujet, je m’en suis certainement imprégnée. Je vis cette évolution comme une libération, comme si j’étais, sans que je le sache, une noniste qui s’ignorait. La vie est devenue beaucoup plus simple à appréhender. Par exemple, aujourd’hui je me suis posée cette question : qu’est-ce que l’excellence ? Et subitement la réponse m’est apparue évidente alors que je ne savais pas y répondre avant ma transformation. En fait cette réponse est binaire : d’après Valérie Pécresse, sur Libération, « l’excellence c’est le meilleur » et d’après un chercheur de Montpellier « l’excellence ça pue ». Bon, moi je n’aime pas trop ce qui pue mais d’un autre coté j’aime bien ce qui est bon et quand c’est le meilleur c’est encore mieux. Alors ?

Finalement ce n’est pas si simple que ça. Mieux vaut prendre avis ailleurs.

Par exemple on pourrait demander à Philippe Even, médecin pneumologue « A mes yeux,  un millier, soit 10%,  sont d’excellence et 1% sont hors norme, ce qui représente environ une centaine (Philippe Even parle là de son champ disciplinaire). C’est sur eux et sur leurs équipes qu’il faut concentrer nos moyens, tout faire pour qu’ils ne partent pas à Harvard ou à Rockefeller. Quinze de ceux qui sont partis publient au plus haut niveau, autant que les 750 chercheurs de l’Institut Pasteur, notre meilleur centre. La recherche c’est comme le turf, il faut miser sur les meilleurs. La compétition stimule, la non-compétition, c’est-à-dire la fonctionnarisation, endort. » (source ici). Nul doute que Philippe Even apprécie l’orientation du grand emprunt, qui vise à concentrer les moyens sur les labos ou pôles « d’excellence ».

Demandons maintenant à Jean-François Méla, mathématicien. A propos d’excellence : « s’agit-il de formation, de recherche, ou d’innovation ? Se place-t-on dans une perspective scientifique, économique, ou démocratique ? L’abus du mot excellence ne vient-il pas conjurer le sentiment de déclin de l’Europe et, pour ce qui nous concerne ici, ne vient-il pas masquer notre incapacité à avoir de « véritables universités » en France ? ». C’est un extrait du début d’une chronique … excellente, que je vous invite à lire ici,  ça parle des classements, de l’autonomie des universités, de la bibliométrie, des Idex … Lire également la chronique « De l’excellence en milieu universitaire ». Extrait à propos du grand emprunt : « il s’agit de concentrer les moyens sur un petit nombre d’établissements et de projets « excellents ». Cette logique bureaucratique risque d’écraser la logique scientifique (l’excellence n’est pas toujours concentrée : penser aux mathématiques), la logique économique (penser à l’aménagement du territoire) et la logique démocratique (penser à la ségrégation croissante dans la société française). A l’Université de Californie, entre 15% et 20% des 180.000 étudiants admis chaque année dans l’un des neuf campus, sont issus de community colleges californiens. On peut malheureusement craindre que les « pôles d’excellence » à la française ne suivent plutôt la voie de nos grandes écoles. »

La lecture des longues chroniques de JF Méla m’ont laissé un mal de crane horrible tellement c’est dense, alors pour me détendre un peu je suis allée voir ma voisine, une ménagère de cinquante ans pleine de bon sens et je lui ai parlé de cette évolution vers l’excellence à l’université. Voilà son message, qu’elle livre à la Gaïa Universitas : « C’est bien beau tout ça, vos bidulex à l’université, mais une fois que l’on a atteint l’excellence, que l’on est le meilleur, on fait quoi ? »

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