Disons le tout net : je suis d’une humeur massacrante et j’ai les Idex noires. L’année dernière, presque jour pour jour, j’écrivais un billet intitulé « un grand emprunt diabolique », mais je n’avais clairement pas mesuré à l’époque toutes les implications. Et surtout les appels à projets n’étaient pas publiés et on ne pouvait savoir la forme et les critères retenus pour les financements de ce grand emprunt, devenu par la suite le PIA (plan d’investissement d’avenir). Aujourd’hui je voudrais brièvement commenter, avec toute la mauvaise foi possible, une récente tribune publiée par Libération « l’excellence, ce faux ami de la science », écrite par deux chercheurs du CNRS, tribune aimablement signalée par un fidèle commentateur.

Les auteurs de cette tribune, manifestement des donneurs de leçons comme on en compte tant à l’université et au CNRS, reviennent sur la notion du laboratoire d’excellence (Labex): « Attention, un «laboratoire d’excellence» n’est pas un laboratoire, c’est un monceau de laboratoires qui obéit à une logique de pouvoir maquillée en logique scientifique : la logique d’excellence. La manière forte a échoué ; ce dont le pouvoir ne voulait plus est toujours là. La manière douce va peut-être réussir. On finance, on arrose, en perpendiculaire aux anciennes structures, et on empile » […] « De très bons laboratoires, d’excellents laboratoires, se sont déchirés, ont dissous leurs équipes, changé leurs programmes, exclu des chercheurs, en ont débauché d’autres, rien que pour entrer dans un «laboratoire d’excellence» ». En lisant ça, je reste sans voix et je pose la question : qui a fait les dossiers des laboratoires d’excellence ? Qui a fait le choix du « toi oui toi non » jusqu’à l’humiliation ? Qui a dénié le fondement même d’une Unité de Recherche ? Les auteurs peuvent se gausser des abîmes de l’intelligence gouvernementale, mais moi je me pose quelques questions sur l’existence d’une forme d’intelligence universitaire. Car ces dossiers de Labex, ce sont bien les universitaires qui les ont rédigés de leur plein gré.

Ensuite nos donneurs de leçons nous parlent des Idex, ces initiatives d’excellence du grand emprunt « à peu près aussi grand que notre président » (nos auteurs ont de l’humour, je suis morte de rire). « Pour le beau titre de «Pôles d’excellence», les universités se regroupent dans des monstres d’inefficacité qui n’ont rien à envier aux combinats de jadis. Les projets qu’elles rédigent ont la grâce d’un dictionnaire des idées reçues, on y parle de nanotechnologies et des défis du futur, des mots qui plaisent aux sous-préfets ». Là encore, qu’est-ce qui les obligent à faire plaisir aux recteurs, au D2RT, aux politiques régionaux ? Les universitaires sont-ils des pantins dociles qui font ce qu’on leur dit de faire ? Sont-ils dans l’incapacité d’esprit critique et de déjouer les pièges qui sont tendus ?

Enfin, ils concluent en disant que l’excellence est le plan social de la science. C’est une belle formule, j’admets qu’elle me trouble mais après réflexion, je ne la trouve pas juste, elle est populiste, faite pour attiser les peurs. D’après les auteurs, l’excellence serait un nom de code d’un gouvernement préparant des plans sociaux, de la mise en coupe de l’université européenne par l’économie de la connaissance, vous savez, n’est-ce pas, ce sombre complot issu de la stratégie de Lisbonne ?

Finalement, de cette tribune, je ne vais retenir qu’une phrase dans le dernier paragraphe. « Ceux qui ânonnent «l’excellence, c’est le meilleur», ceux qui nous font remplir à longueur de journée des grilles encore plus verrouillées qu’eux, ceux-là ont-ils quoi que ce soit à nous dire de la science ? ».

Universitaire, plutôt que de t’atteler à écrire ton propre plan social, explique nous ce qu’est la science !