Toujours à l’affut des développements de l’Université hors de France, cet astronaute a braqué ses puissants astrotélescopes sur les universités britanniques, qui, comme vous le savez, traversent une mauvaise passe. La situation financière délicate du Royaume-Uni (qui a pourtant offert à l’Irlande un prêt remarqué dans les semaines passées) a poussé le gouvernement de coalition-Conservateurs-Libéraux Démocrates a adopter un plan de restriction des dépenses publiques des plus draconiens. L’enseignement supérieur est touché de plein fouet. Il faut remarquer, cependant, que les conditions étaient déjà sérieusement dégradées depuis l’an dernier au moins, avant même les élections qui ont porté le tandem Cameron-Clegg au pouvoir. Une amie qui terminait justement un contrat quinquennal a rapporté combien sa nouvelle recherche d’emploi a été compliquée. Dès la fin 2008, nombre d’universités ont d’elles-mêmes réduit leur budget de façon drastique, au point d’annuler les postes de recrutement une semaine après la parution des offres d’emploi dans le Times Higher Education Supplement.

Les Libéraux Démocrates, constitués en 1988 de la fusion du vieux parti libéral de Fox, Palmerston, Gladstone, Asquith et Lloyd George, avec les dissidents du Labour du début des années 1980, ont toujours été un parti d’opposition dans les années récentes de l’histoire politique britannique et leur arrivée au pouvoir à la suite des élections de ce printemps est une petite révolution, surtout en coalition avec des conservateurs qu’ils ont vigoureusement combattu. Sur l’enseignement supérieur, ils ont longtemps tenu la ligne la plus « progressiste » qui soit, c’est à dire une résistance farouche à l’introduction de tout droit d’inscription. Les droits existaient bien sûr, mais pendant longtemps ils ont été intégralement subventionnés par le gouvernement britannique. Le New Labour de Tony Blair a opté d’introduire un « top-up fee » (littéralement, une sur-charge, comme pour les téléphones portables…) en 1999, ce qui avait déjà entrainé des manifestations de la National Union of Students (NUS), alors menée, c’est très piquant, par William Straw… fils du Ministre de l’Intérieur de Blair (lequel s’était aussi fait arrêter pour avoir fumé un joint lorsqu’il était encore lycéen).

Les top-up fees induisaient un coût annuel de 3000 livres sterling pour les étudiants des universités anglaises. La décision de l’actuel gouvernement les triple à 9000, ce qui les porte quasiment dans une catégorie « américaine » (cela vaut 14 000 dollars) d’où la colère des étudiants. Une première manifestation assez violente, mi novembre, a fait la une des journaux télévisés tant ce spectacle était assez inhabituel en Grande-Bretagne, avec des affrontements, des saccages et des incendies dans le centre de Londres. Depuis les étudiants ont continué les journées d’action, en s’efforçant de contenir les violences car ils ont immédiatement compris que les excès de leur première manifestation, largement relayés par la télévision, ont gravement nui à leur image et à leur capital de sympathie publique… (avis aux Français?). On assiste désormais à des défilés et à des sit-ins, assez organisés semble-t-il (à Londres, au University College, les organisateurs ont mis en place, si l’on en croit The Economist cette semaine, un système de rotation permettant aux équipes d’aller se reposer, se laver… et même travailler puisque des ordinateurs sont mis à disposition de ceux qui doivent terminer leurs devoirs en cette fin de semestre…)

Il est piquant de remarquer que les Libéraux Démocrates sont la principale cible des manifestants. Ils se sont effectivement fait élire en promettant de ne pas augmenter les droits d’inscriptions. Leur chef, Nick Clegg, estimait cette position trop maximaliste et pensait qu’elle devrait être infléchie mais il n’a pu l’imposer à son parti. À présent, ils ont dû se renier face à la situation dépeinte par leurs colistiers conservateurs, en particulier George Osborne, le Chancelier de l’Échiquier. Curieusement, les universités relèvent d’un Libéral Démocrate, Vince Cable, qui est… Business Secretary, l’équivalent d’un Ministre de l’Industrie… là encore, assez impensable en France. Pensez donc, faire dépendre les universités françaises de Bercy ou du Ministère de l’Industrie, on n’en entendrait plus la fin…

Parodions le grand Montaigne, et observons à quel point est la vérité..; en deçà de la Manche.

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