Il y a quelque temps, Le Monde enquêtait sur les universitaires français partis travailler dans les universités suisses… Voici aujourd’hui un article du Figaro sur l’attraction exercées par les universités canadiennes. Il s’intitule « Le Canada, eldorado des étudiants français », rien que ça (malheureusement, pas de lien, cet article n’est disponible en ligne qu’aux abonnés)! C’est que ce sympathique pays a aussi de maudites belles écoles comme on dirait là-bas.

D’après l’enquêtrice, 10% des étudiants français à l’étranger choisissent le Canada comme destination. Rappelons que ce pays bilingue, à structure fédérale, possède un système d’enseignement supérieur décentralisé où cohabitent des universités publiques et privées. Plusieurs d’entre-elles jouissent d’excellente réputation internationale, avec comme exemple principal McGill, à Montréal; et le Canada est aussi bien loin de son image touristique d’immense pays boisé sillonné par de rudes bûcherons barbus en chemises à carreaux: c’est un pays où les entreprises et les industries de haute-technologie ont essaimé. Il est d’ailleurs piquant d’observer que ce reportage sur les universités canadiennes donne justement la part belle à la fonction de recherche scientifique de pointe de ces fameuses universités.

On peut donc observer à nouveau dans cet article de la presse française sur un système universitaire étranger accueillant des Français que le thème principal des enquêteurs, c’est d’observer à quel point les expatriés s’y rendent pour trouver ce qu’ils ne peuvent obtenir dans leur pays d’origine. On observe aussi que les principaux témoins interrogés possèdent des cursus assez exceptionnels. On y retrouve… mais oui, nos amis les ingénieurs! et les doctorants! Figurent dans l’enquête deux diplômés de Centrale, une Polytechnicienne, un Normalien, un Supélec, deux ex-CNRS. Ce sont à nouveau les personnes issues des cursus d’élite des grandes écoles qui se distinguent et paraissent en mesure de trouver leur « eldorado » parmi les orignals du côté de Michilimachinac (sans rire, la région des Grands Lacs, si l’on en croît les exemples retenus dans l’article, est en train de devenir un pôle universitaire scientifique de premier plan).

L’article souligne que c’est bien l’ensemble du territoire canadien qui exerce une attraction sur ces étudiants français, en particulier ceux de troisième cycle. Le Québec accorde certes des droits d’inscription préférentiels aux Français, du même montant que ceux réservés à l’habitant (on parle d’un chiffre médian de deux mille dollars canadiens l’année), mais les exemples étudiés se trouvent aussi à Vancouver et dans l’Ontario, quand aux universités du Québec, elles attirent aussi bien pour leurs cursus francophones qu’anglophones. On relève par exemple qu’à l’Université de Sherbrooke, généralement francophone, en sciences, la langue de travail devient l’anglais à partir du deuxième cycle.

Les attraits soulignés par les personnes interrogées sont l’environnement et la culture de travail, très ouverts et tolérants, peu hiérarchiques; des salaires et des bourses plus conséquents qu’en France (c’est à dire doublés, littéralement); et même « un respect de la science » plus grand, qui, par exemple conduit à ce que « la thèse soit reconnue comme un véritable travail par le milieu économique », ce dont nous parlions justement sur le fil « Docteur X et Master U« . « Il n’y a pas de honte à faire de l’argent avec la recherche » ajoute Éric Prouzet, professeur de chimie au Perimeter Institute de Waterloo, Ontario. Il a créé sa société après avoir intégré l’institut de nanotechnologies, ce qu’il avait renoncé à faire en France.

On pourra se demander si ces chercheurs français au Canada contribueront à rendre l’enseignement supérieur canadien encore plus attractif aux futurs étudiants français, mais là encore, il s’agira sans doute de diplômés des cursus d’élite, issus d’écoles possédant déjà des partenariats avec leurs établissements pairs du Canada. Il ne faut pas manquer de relever que parmi ces brillants cursus étudiés, on ne trouvait pas d’étudiants de sciences humaines et sociales, elles aussi pourtant bien présentes au Canada, une des raisons pour lesquelles cet astronaute s’est fait nombre d’amis canadiens à Cambridge et même en France! On peut craindre, cependant, que les départements de sciences humaines et sociales des facs françaises ordinaires possèdent encore peu d’attraits pour leurs consoeurs canadiennes, ce qui reviendra encore pendant un certain temps à faire la part belle aux grandes écoles.

L’article souligne aussi que les Français trouvent les hivers canadiens trop froids. Pourtant, ceux qui y vont, n’ont-ils pas froid aux yeux?

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