Sur la couverture du livre « Refonder l’université » par les Refondateurs, on peut lire le sous-titre suivant : pourquoi l’enseignement supérieur reste à reconstruire. Nos Refondateurs sont en effet bien conscients que l’université n’est qu’un élément dans un enseignement supérieur qui marche sur la tête. Ils consacrent un chapitre entier à la structuration de notre enseignement supérieur, avec une attention particulière aux grandes écoles (chapitre 4, la crise universitaire et le tabou des grandes écoles).

Le chapitre commence par : « ce chapitre va faire pénétrer le lecteur dans une autre singularité du paysage de l’enseignement supérieur français ». Rassurez vous, je ne vais pas recopier tout le chapitre, il parait que je n’en ai pas le droit. Allons directement à l’essentiel. Selon les refondateurs, il s’agit d’un « paysage fragmenté, sans vue d’ensemble, souvent dessiné en fonction d’opportunités locales ». Après un petit rappel historique, les refondateurs se livrent à une critique du système des grandes écoles, tout en lui reconnaissant un enseignement de qualité et une organisation très supérieure à celle des universités. Alors quels sont les problèmes des grandes écoles ? Résumons les grandes lignes des Refondateurs, avec les éléments qui me semblent importants. Les points suivants, s’ils sont discutés par les refondateurs, n’engagent que moi dans leur formulation. J’y ai mis parfois un prolongement plus personnel que vous ne retrouverez pas dans le livre.

Tout d’abord, il faut observer que les grandes écoles n’ont pas de laboratoires de recherche, ainsi les élèves ne sont pas formés par la recherche. C’est une organisation un peu curieuse étant donné que les écoles attirent les meilleurs scientifiques, ceux qui justement pourraient présenter de bonnes aptitudes aux métiers de la recherche, qu’elle soit réalisée dans les établissements publics ou privées. Selon les refondateurs, l’économie du XXIe siècle, basée aussi sur « l’économie de la connaissance », requiert une « culture de l’innovation », ce qui n’est pas vraiment dispensé dans les écoles étant donné que ces formations d’élite sont fondées sur la « culture de la sélection ». Nous avons déjà souvent parlé de ce problème sur la Gaïa Universitas. Voir par exemple le billet « pourquoi la R&D française est-elle si mauvaise » avec la toile de fond du lobby ingénieur dans les entreprises, empêchant le recrutement de docteurs. Mais les choses sont peut-être en train de changer dans les écoles : voir notre récent billet « Docteur X et Master U ».

Ensuite, on reproche souvent aux écoles de produire du conformisme sans relation avec la réalité sociétale ou économique. Les élèves ne vont pas dans les écoles pour aller chercher une formation qui les intéresse mais choisissent l’école qui a le plus de renom (critère de prestige). Par ailleurs, les cours préparatoires sont très formatés à cause de la nature des concours qui sont communs à nombre d’écoles (qui viennent ensuite piocher leurs jeunes recrus dans le panier). Bref, deux ans de prépas pour nos élites mais ils font tous la même chose … dans « une sorte de claustration monacale » et un enseignement magnifiant l’hypersélection par les maths. C’est un investissement rentable car une fois recrutés dans les écoles, c’est presque l’assurance pour les élèves d’avoir gagné « le précieux parchemin ». Certains disent qu’on se la coule douce dans les écoles, que finalement la formation n’est pas à la hauteur de la qualité du recrutement, livrant une valeur ajoutée assez faible. Comment savoir qui a raison ?

On reproche aussi à la préparation aux concours d’entrée dans les écoles de perpétuer une sorte de « noblesse d’Etat » (formule de P. Bourdieu). « Un étudiant issu des classes supérieur a vingt fois plus de chances d’intégrer une grande école qu’un étudiant issu des classes populaires ». Ces « écoles ont servi de refuge pour les enfants des classes moyennes et supérieures voulant échapper à une université de masse refusant toute sélection à l’entrée » (extrait ici du rapport Attali de 2008). C’est un peu étonnant que les refondateurs abordent ce thème sans mentionner l’action entreprise par V. Pécresse sur « la démocratisation de l’accès aux grandes écoles ». On y a consacré sur ce blog de nombreux billets (Bonne nuit les petits, Des classes préparatoires à l’université ?, Valérie Pécresse enfonce le clou, Circulez, y’a rien à voir …Se pose-t-on la bonne question ? , Ouverture sociale des universités et des écoles). On se souvient aussi que les Refondateurs étaient sortis de leur silence en janvier dernier pour fustiger (à coups d’arguments qui me semblaient très recevables d’ailleurs) l’action de V. Pécresse pendant une période de forte polémique sur la question. Voir notre série de billets sur ce thème:  le retour des morts-vivants, favoriser ce qui marche, le déclin de l’université publique, Gribouille rencontre une autruche, mourrons pour l’université, d’accord, mais de mort lente, sélection-orientation à l’université, S’en remettre aux hommes politiques.

Dans le prochain billet, on examinera les solutions proposées par les Refondateurs.

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