Sans doute quelque peu échaudé par les commentaires de ces derniers jours sur la rivalité entre grandes écoles et universités, et en particulier par les « pressions » dont les écoles seraient l’objet de la part d’un gouvernement accusé de vouloir tuer une filière d’excellence, le Général Xavier Michel, patron de l’École Polytechnique, a cru bon de préciser dans une communication que X est devenue une forte pépinière de doctorants. La recherche est bien entendu présente et en pointe à Polytechnique, mais il est impressionnant de constater, d’après ce que rappelle le général, que le nombre de diplômés de l’X optant pour entreprendre une thèse est passé de 20% à 29% ces dernières années, ce qui représente un bond non négligeable. Le général se félicite d’ailleurs que son école produise désormais plus de thèses de sciences dures que l’École Normale Supérieure d’Ulm, ce qui lui permet aussi d’enfoncer le coin avec le récent classement du Times Higher Education Supplement où Polytechnique devançait considérablement Ulm, la seconde institution française présente.

En réalité cette communication inspire plutôt une interrogation plus générale qui ne s’arrêterait pas à X, ou Ulm, ou tous ces parangons d’excellence: comment s’explique cette engouement pour les thèses de doctorat?  La recherche, qu’on dit en crise (la faute, selon les uns, au manque de supervision gouvernementale, selon les autres, au trop plein de cette supervision!) est-elle désormais une perspective plus attrayante? La possession d’un diplôme de doctorat est-elle perçue comme une qualification désirable dans la conjoncture actuelle? Ou s’agit-il, comme on l’a remarqué il y a quelque temps, que le climat de crise incite les étudiants à poursuivre des formations longues? Autant de raison de s’interroger sur la place et la finalité du doctorat dans le système d’enseignement supérieur français aujourd’hui.

C’est que le doctorat n’est pas le seul diplôme star. L’édition des Échos de ce jour communique les résultats d’une enquête du Ministère de l’Enseignement supérieur concernant le taux d’emploi des diplômés de Master. Gardons nous d’en conclure trop vite car l’enquête porte sur les diplômés d’il y a deux ans, et donc il ne sera pas surprenant d’apprendre que leur taux d’emploi est de 91,4%, dont les deux tiers en CDI (les heureux!). Pour l’anecdote, 4,7% de ces diplômés sont fonctionnaires… On note cependant la belle tenue, parmi ces Masters, de ceux de l’Université, avec, en tête, la fameuse Paris XI, suivie de Lyon I, Paris XIII (dans le neuf-trois! trop grave!) et finalement, Rennes (là on en tombe sur le derrière, la fac qui est toujours bloquée ou fermée…). Trêve de plaisanteries, ce sont plutôt de bonnes surprises.

Voici l’interrogation finale: si les grandes écoles produisent de plus en plus de doctorats, et que les masters des universités sont appréciés, va-t-on aller vers une sorte de spécialisation, qui peuplera la France de Docteur X et Master U?

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