Revenons aujourd’hui sur le thème de la sélection à l’université afin de donner suite à mon billet précédent sur la Refondation de l’université, telle qu’elle est proposée par les Refondateurs dans leur livre sorti récemment. En conclusion de mon billet, on résumera les trois voies possibles de Refondation (Golan, tu es là ?) en ce qui concerne le premier cycle universitaire. Ce thème de la sélection est vaste et important, j’espère que vous me pardonnerez pour ce billet un peu long. J’ai essayé d’être assez fidèle à la démonstration des refondateurs. Dans tous les cas, je vous invite à lire leur livre qui est très intéressant.

Rappelons tout d’abord que projet de refondation est basé sur deux constats (voir billet précédent). L’un d’entre eux concerne le thème de la sélection à l’université. « Personne n’ignore que la raison première de cette scission [entre écoles et université] tient du fait que les écoles, comme les IUT ou les STS, ont le droit de sélectionner leurs publics et que les universités ne l’ont pas, au moins en première année, et souvent jusqu’en master 2, et que le seul fait de cette sélection confère aux écoles, même les plus petites et les plus faibles, une aura positive, alors qu’à l’inverse son absence fait peser sur les universités le soupçon de ne recruter que les moins bons. Personne n’ignore non plus que toutes les réformes des universités, bonnes ou mauvaises, ont buté sur le « tabou de la sélection ». Le mot sélection suffit ou suffirait à mettre en grève la grande masse des étudiants et à condamner la réforme à l’échec, voire à faire sauter un gouvernement, si bien que personne n’ose l’évoquer. Tout le monde sait également que la sélection s’opère en fait à l’université, mais de la pire façon, par l’échec et le découragement de fractions croissantes de la population étudiante ».

Ce thème de la sélection est aussi au cœur du pari des Refondateurs, basé sur deux positions simples (1) « l’université a vocation à accueillir tous les bacheliers (et même les non bacheliers dans le cadre de diverses formations liées à son rôle démocratique). L’université n’est donc pas un lieu de sélection ». (2) «  l’université doit pouvoir orienter dans les différentes filières d’enseignement qu’elle offre ou pourrait offrir à ses publics, dont certaines très exigeantes, autant que dans les grandes écoles, et avoir le droit de dire qui lui paraît apte à suivre ses cursus exigeants, quitte à prévoir des passerelles de rattrapage pour ceux qui ne le seraient pas immédiatement ».

Ici on constate que l’approche des Refondateurs est pragmatique, ce qui oppose fortement aux approches idéologiques que l’on entend trop souvent quand on discute de ce thème. Le droit d’entrée (donc sélectif) à l’université est le baccalauréat. Toutefois, ce droit offert à tous les bacheliers n’implique pas que tout le monde peut venir à l’université faire n’importe quoi n’importe comment. Les refondateurs souhaitent le droit de pouvoir orienter dans les différentes filières (principe de la sélection-orientation). Cela impose donc la mise en place de différentes formations, adaptées aux niveaux des différents publics. Ce n’est actuellement pas en place dans les universités, ou bien encore peu développé.

La deuxième étape importe dans la démonstration des refondateurs est le repositionnement de propositions de réformes (chapitre 5 du livre). Ces propositions avaient déjà été publiées en mai 2009, juste après leur premier manifeste de refondation (lire ici). La deuxième proposition, titrée « sélection au minimum au niveau de l’entrée en master », concerne directement la sélection à l’université. Les refondateurs discutent de la réforme LMD qui a été faite sans toucher au régime de sélection. Avant il y avait une sélection à l’entrée du DEA-DESS. Après la réforme, il y a une sélection à l’entrée du M2, soit à mi-parcours du cycle du master. C’est à mon sens parfaitement stupide mais cela permettait de perpétuer le fonctionnement antérieur à la réforme, avec pour conséquence des difficultés majeures d’organiser un cursus cohérent de master. Pour les refondateurs, « la survie de l’enseignement universitaire suppose donc de donner aux Masters une authentique capacité de développement. La condition sine qua non à cet égard est bien qu’ils puissent recruter leur public dès la première année pour pouvoir proposer une formation intégrée sur deux années. C’est à cette condition que les Masters universitaires peuvent espérer résister à la concurrence des autres formations et faire fructifier les atouts propres à l’Université, notamment l’ancrage dans la recherche »

On note que dans cette proposition initiale, le thème de la sélection dans le premier cycle universitaire est absent, alors même que ce premier cycle est, à mon sens, le point faible des universités et devrait donc être le nerf de la refondation. On trouve des éléments complémentaires dans un « additif » (je ne connais pas la date de cet additif), que l’on peut lire toujours à la même adresse (ici). Pour résumer, cet additif fait ressortir la notion de parcours diversifiés, qui seraient une conséquence logique de la diversité des publics de l’université, à motivation et niveaux fort différents.

Enfin, le troisième élément important apporté par les refondateurs est leur chapitre 6 intitulé « De la sélection et de l’orientation : le verrou du premier cycle », exclusivement consacré à la formation de premier cycle dans les universités. Ce chapitre est très riche, je ne peux objectivement pas en faire un résumé. Je vais ici me contenter de faire ressortir les points qui concernent les voies possibles de refondations. Ces voies sont celles qui mettent en musique la sélection-orientation ou l’orientation sélective concernant l’ensemble de l’enseignement supérieur. Les Refondateurs dégagent trois grands types de solutions.

1. La solution « globale » : cela correspond à la mise en place d’un système global de sélection-orientation pour l’ensemble des bacheliers. C’est la solution « Irnerius », celle de la mise en place de « Lycées d’enseignement supérieur », qu’Irnerius appelle aujourd’hui les « Institut d’enseignement supérieur » (IES). Il en préconise 600, harmonieusement répartis sur tout le territoire, soit environ 2000 étudiants par établissement. Tout les détails sur ce projet pharaonique sont donnés dans son blog (ici – désolée, je n’arrive pas à retrouver la compilations de ses éléments de synthèse). On note donc que cette première solution correspond à sortir le premier cycle de l’université, qui serait alors rassemblés avec les anciens IUT, BTS et écoles prépas, eux aussi défunts. En termes de formation, l’université ne s’occuperait donc plus que des masters et des doctorats. Une variante de cette solution est la création de collèges universitaires, sur le modèle des colleges américains. C’est aussi assez proche de ce que préconise le rapport Aighon (lire ici): « favoriser l’émergence progressive de collèges universitaires qui regrouperaient les formations universitaires générales (avec spécialisation et orientation progressives), les formations professionnelles courtes (avec passerelles les reliant aux formations générales), des formations préparatoires aux grandes écoles ». Les refondateurs ne discutent pas de ce rapport Aighon, ce dernier est sorti mi-juillet 2010, le livre des refondateurs était déjà probablement sous presse. Avec les collèges universitaires, on aurait alors la « solution globale » implantée dans les universités (si je comprends bien … le rapport Aighon reste très flou sur ce point).

2. La solution « licence à la carte » : cela correspond à la mise en place de toute une palette de cursus, allant de l’ordinaire aux parcours plus exigeants, ouverts à tous les bacheliers. Les refondateurs notent que ce système est déjà fortement développé comme par exemple les bi-licences, et tend à se généraliser. Il pourrait également y avoir des licences qui s’obtiendraient en 2 ans pour les étudiants brillants (ou en 4 ans pour les étudiants plus faibles – c’est moi qui ajoute ici … je veux dire par là un programme qui s’étale sur 4 ans, et non 4 ans pour cause d’échec).

3. La solution « sélective » : Il s’agirait de donner le droit aux universités de sélectionner à l’entrée, comme pour les prépas, IUT ou BTS. Certains étudiants se verraient donc refuser le droit d’entrer en première année de licence. Pour ce public refusé, il serait proposé une « année zéro » destinée à un rattrapage des savoirs fondamentaux (bref pour des étudiants qui ont le bac mais pas le niveau du bac, si j’ai bien compris … mais alors pourquoi ils ont eu le bac ? je m’y perds …). Cette année zéro serait sanctionnée par un examen qui donnerait éventuellement le droit à entrer en première année de licence. Ça serait alors une forme d’année de prépa pour entrer licence.

Trois voies possibles … laquelle choisir ?

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