Le livre des Refondateurs est enfin sorti. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont oublié d’accompagner cette sortie de battage médiatique. Le seul article que j’ai trouvé sur le sujet est dans Le Monde (ici). Pas un seul blog a commenté cet évènement planétaire majeur, serais-je la première ? Ah si, une autre info : Le Monde organise un chat en direct avec François Vatin, l’un des auteurs du livre, le 30 novembre, soit deux mois après la sortie du livre, et à 00h00 histoire que tout le monde soit bien disponible pour participer à ce grand évènement (lire ici). Bref, et c’est là l’essentiel, les Refondateurs confirment leur volonté de refonder l’université. C’est un objectif noble auquel je souscris mais je doute que cela soit facile. Peut-être que les Refondateurs s’imaginent que leur livre est suffisamment génial en lui-même, qu’une publicité est superflue, et que sa lecture sera comme une illumination et que tout le monde les suivra sans discuter ou explications supplémentaires, nous ouvrant la voie vers un avenir radieux …

Les Refondateurs, je n’ai jamais caché que je les aimais bien, comme d’ailleurs tous ceux qui sont ouverts au débat sur les questions de l’enseignement supérieur. Refonder l’université, c’est notre objectif commun (comme disait également V. Pécresse le lendemain de la publication de leur premier manifeste en mai dernier). Si je les aime bien, cela n’empêche pas que je puisse être tentée de les chatouiller un peu, comme j’ai pu le faire à l’occasion de leur dernière tribune dans Le Monde en janvier dernier (voir les billets « le retour des morts-vivants », « favoriser ce qui marche », « le déclin de l’université publique », « Gribouille rencontre une autruche », « mourrons pour l’université, d’accord, mais de mort lente », « sélection-orientation à l’université », « S’en remettre aux hommes politiques »)

Mais s’ils ont oublié d’accompagner la sortie de leur livre, ça veut certainement dire qu’ils comptent sur moi pour le faire. Alors allons-y ….  il faut d’abord préciser que leur titre « Refonder l’université » est très trompeur, ils ne s’en cachent pas d’ailleurs. Il faut lire aussi le sous-titre « Pourquoi l’enseignement supérieur reste à REconstruire ». L’introduction le précise bien, l’objectif est ambitieux ! Les refondateurs font le pari que les « universitaires sont en fait d’accord sur les grandes lignes des réformes à entreprendre ». C’est certainement vrai mais si la refondation concerne l’ensemble de l’enseignement supérieur, les autres acteurs non universitaires sont-ils d’accord aussi ?

Mais allons directement aux faits, aux grandes lignes de la refondation. Ces grandes lignes reposent sur deux constats (1) « il est impossible de discuter sérieusement de l’avenir de l’université sans la replacer dans le cadre plus général de l’ensemble du système d’enseignement supérieur. C’est celui là qu’il convient de repenser […] la scission entre universités et écoles est justement la source du problème de l’université en France ». (2) « Personne n’ignore que la raison première de cette scission tient du fait que les écoles, comme les IUT ou les STS, ont le droit de sélectionner leurs publics […] ». « Personne n’ignore non plus que toutes les réformes des universités, bonnes ou mauvaises, ont buté sur le « tabou de la sélection […]. Tout le monde sait également que la sélection s’opère en fait à l’université, mais de la pire façon, par l’échec et le découragement de fractions croissantes de la population étudiante ».

Le pari des Refondateurs est basé sur deux positions simples (1) « l’université a vocation à accueillir tous les bacheliers (et même les non bacheliers dans le cadre de diverses formations liées à son rôle démocratique). L’université n’est donc pas un lieu de sélection ». (2) «  l’université doit pouvoir orienter dans les différentes filières d’enseignement qu’elle offre ou pourrait offrir à ses publics, dont certaines très exigeantes, autant que dans les grandes écoles, et avoir le droit de dire qui lui paraît apte à suivre ses cursus exigeants, quitte à prévoir des passerelles de rattrapage pour ceux qui ne le seraient pas immédiatement ».

Voilà donc les grandes orientations de la refondation. A suivre sur la Gaïa Universitas … à condition que l’un des Refondateurs me fasse parvenir une version électronique de leur livre, j’ai déjà acheté la version papier, 19 €, mais si je dois commenter certains passages, cela sera plus facile de faire alors un copié-collé.

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