Discutons aujourd’hui d’une des propositions de rénovation de Terra Nova (think tank indépendant de la gauche progressiste). Cette proposition concerne le réaménagement de la carte universitaire, thème que nous avons souvent abordé sur la Gaïa Universitas. Voici la proposition de Terra Nova (source ici):

« aller résolument vers l’émergence d’une dizaine de Grands campus, bénéficiant d’un mode de gouvernance et de fonctionnement laissé au choix du regroupement ; l’existence de ces universités confédérales tournées vers l’excellence doit être conciliée avec un soutien aux universités « de proximité » destinées à assurer l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur et la poursuite de sa démocratisation. Ces Grands campus devront permettre de réduire l’éparpillement de la carte universitaire et de la recherche que les regroupements en cours ne résolvent pas ; notamment, de nombreux organismes de recherche spécialisés pourraient être absorbés par les campus pour mettre fin à la dualité organisme de recherche / université ».

Cette proposition est assez décapante pour plusieurs raisons. Tout d’abord elle va beaucoup plus loin que la simple LRU, « cette réforme néolibérale et utilitariste [qui] pêche par son manque d’audace car elle évite de poser des questions fondamentales pour l’avenir de notre système d’enseignement supérieur et de recherche ». Sans le dire, Terra Nova intègre la stratégie du grand emprunt, maintenant appelé initiatives d’excellence dont l’objectif est l’émergence d’une petite dizaine de grands pôles universitaires. Pour ma part j’ai toujours pensé qu’une dizaine ce n’était pas assez sur notre territoire. Sachant que la région parisienne en drainera trois ou quatre, que restera-t-il dans les régions et à quoi ressemblera la France ? (voir ici pour visualiser la nouvelle carte de France). Terra Nova propose que le reste évolue vers des universités de proximité, en d’autres mots des super lycées de l’enseignement supérieur.

Le deuxième point important de la proposition de Terra Nova concerne la gouvernance. Elle serait ici laissée à l’appréciation des grands pôles, avec donc la disparition de tout cadrage national. Il s’agirait là d’une réforme profonde de la LRU, très souvent critiquée pour imposer aux universités une gouvernance managériale inspirée par le monde des entreprises. Nous reviendrons certainement sur ce point.

Enfin, la proposition adresse clairement un grand tabou qui est très difficile de discuter dans les sphères de la recherche : celui du rôle des organismes de recherche. Ici Terra Nova propose tout simplement de dissoudre des organismes de recherche spécialisés et de les intégrer dans les universités. Cette notion d’organismes de recherche spécialisés n’est pas d’une grande clarté pour moi, j’en déduis que Terra Nova parle de tous les organismes sauf du CNRS, ce dernier étant plutôt à coloration pluridisciplinaire et généraliste. Toutefois exclure le CNRS de cette opération ne permettra pas vraiment de mettre fin à la dualité organisme/université, tant le CNRS est puissant et influent. On se souvient que le gouvernement avait tenté cette opération à son arrivée au pouvoir, mais il avait été vivement critiqué y compris par les universitaires pour tentative de « démantèlement » du système de recherche. Finalement, ce « démantèlement du CNRS » n’a pas eu lieu. Toutefois le CNRS a été restructuré en instituts nationaux disciplinaires et se voit attribuer un nouveau rôle : celui d’accompagner les universités dans leur démarche d’autonomie (voir ici). Signalons que ce thème a aussi été repris par Louis Vogel (entre autre) dans son récent livre « l’Université, une chance pour la France » publié ce mois-ci. Louis Vogel constate que l’éclatement de nos structures ne concernent pas seulement l’enseignement mais aussi la recherche avec l’existence de puissants organismes de recherche (CNRS, INSERM, …) qui concentrent 80 % des budgets de la recherche. Dans ce cadre, l’université est complètement démunie, certainement incapable d’accéder à une autonomie en matière de recherche. Le remède ? « il faudrait renforcer l’université grâce à l’intégration des actifs de recherche dont elle a été dépossédée » (voir ici et première partie du Livre de Louis Vogel).

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