C’est cette époque de l’année: après la publication du classement de Jiao Tong Shanghai en août, voici celui du Times Higher Education Supplement des 200 meilleures universités mondiales. Le Monde nous l’apporte « en exclusivité », diantre ! (Bien sûr, en exclusivité par rapport à la publication créatrice dudit classement, qui n’est pas notre inénarrable Monde…) Les résultats sont désormais familiers: les seules représentantes françaises sont l’École Polytechnique, l’École Normale Supérieure de la Rue d’Ulm, sa consoeur de Lyon et l’Université Pierre et Marie Curie- Paris VI , et encore sont-elles classées… 39ème, 42ème, 100ème et 140ème respectivement. Devant elles, l’on constate les progrès des institutions d’Asie: l’Université de Hong Kong (21ème), l’Université de Tokyo (26ème), l’Université Pohang de Sciences et Technologies en Corée du Sud (28ème), l’Université Nationale de Singapour (34ème) et l’Université de Pékin (37ème). Les deux premières européennes sont encore Cambridge et Oxford (ex aequo 6ème, nice try, Other Place!), suivies de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zürich (Doctor Einstein, I presume?). La première université allemande est Göttingen (43ème), ce qui va peut-être mettre du baume au coeur des Français.

Le quotidien consacre deux pages à ce classement, soulignant que cette année le test, qui a été lancé il y a sept ans, a fait l’objet d’une refonte et bénéficie d’un partenariat avec l’agence Thomson Reuters qui possède une base de données Web of Science. Les critères se veulent plus pointus et divers que dans les éditions précédentes qui passaient déjà pour assez fiables. La recherche compte 30% des critères utilisés, à égalité avec l’enseignement, pour 32,5% dans la catégorie « influence de la recherche », donc les citations dans 12 000 journaux inclus dans le Web of Science. restent deux petits types d’indicateurs « l’international » (c’est à dire le pourcentage d’étudiants et d’universitaires étrangers) et le « revenu de l’industrie » (capacité de financement issue des partenariats en chercheurs et industries d’application).

Sans doute va-t-on rentendre dans les prochains jours les commentaires que généreront ces informations, il y a fort à parier que certains battront leurs coulpe, d’autres hausseront les épaules et quelques un chercheront à crier très fort leurs désappointements divers. Le Monde, lui, se plait à souligner l’effet de douche froide survenant quelques semaines après nos fameuses Médailles Fields et les déclarations « de satisfecit » de la Ministre de l’Enseignement Supérieur à propos de la rentrée. il est vrai qu’on est un peu loin, dans ces considérations, des thèmes davantage mis en avant ces dernières semaines, le logement en containers, le débat autour des aides ou des droits qui seraient trop faibles pour les uns et trop lourds pour les autres (ou pour les mêmes). Surtout, le classement vient à nouveau souligner l’ampleur de la tâche. d’aucuns diront, peut-être pour se simplifier la vie, qu’après tout la fonction des universités françaises n’est pas de remporter un concours de beauté annuel. ne sont-elles pas des modèles-que-le-monde-nous-envie? Peut-être bien, devraient elles se contenter d’enseigner et de chercher et d’ignorer le qu’en dira-t-on. pour ma part, je remarquerais qu’on peut se satisfaire d’une chose de l’année passée: aucun de ces fameux bloquages et fermetures d’institutions jusqu’à la veille des examens, après quoi on s’efforce de distribuer quand même les diplômes… Ces faits là ont davantage fait de tort aux universités françaises que n’importe quel classement. Il faut souhaiter, pour continuer le travail (et peut-être, à terme, une lente ascension dans le classement!) que cette année qui débute soit, comme la dernière… somme toute, normale.

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