L’organisation internationale du travail (OIT) a publié récemment une étude sur l’emploi des jeunes. Les nouvelles sont très alarmantes : le chômage mondial des jeunes a atteint son plus haut niveau jamais enregistré. Pour plus de détails, on pourra lire une petite synthèse ici. Le rapport complet est visible ici, en anglais, avec graphiques et camemberts. En plus de faire un bilan, dans son communiqué de presse l’agence tire la sonnette d’alarme « Ces tendances auront de sérieuses conséquences pour les jeunes alors que des nouveaux arrivants sur le marché du travail viennent grossir les rangs de ceux qui sont déjà au chômage. L’organisation met en garde contre le risque d’une « génération perdue », constituée de jeunes gens qui sont totalement détachés du marché du travail et ont perdu tout espoir de pouvoir travailler pour gagner décemment leur vie ». « Dans les pays développés et dans certaines économies émergentes, l’impact de la crise sur les jeunes se fait surtout ressentir en termes de chômage et de troubles sociaux qui vont de pair avec le découragement et l’inactivité prolongée ».

En marge de ce rapport, Juan Somavia, le directeur de l’OIP, déclare : « Les jeunes sont les moteurs du développement économique.  Renoncer à ce potentiel est un gâchis économique et peut peser sur la stabilité sociale. La crise peut être une occasion de réévaluer les stratégies pour traiter des problèmes auxquels les jeunes sont confrontés en entrant sur le marché du travail. Ces stratégies globales et intégrées doivent combiner des politiques d’éducation et de formation avec des politiques de l’emploi ciblant spécialement pour les jeunes ». Dans un article de l’Express, on peut lire aussi d’autres extraits tout aussi alarmants (ici): « Le taux de chômage devrait atteindre en 2010 un niveau record depuis la fin de la seconde guerre mondiale, créant une situation de tension sociale et de multiplication des violences ». « L’incapacité à trouver un emploi créé un sentiment d’inutilité et de désœuvrement parmi les jeunes qui peut conduire à un accroissement des crimes, des problèmes de santé, de la violence et de la consommation de drogues ».

Quelques chiffres du chômage des jeunes, juste histoire de déprimer un peu plus: 20 % en moyenne en Europe, 25 % en France, 26 % en Italie, 39 % en Espagne, mais 20 % au Royaume-Uni et 10 % en Allemagne (source Les échos, mars 2010, ici). Aux US, ce taux est de 18 %, 24 % en Afrique du Nord, 23 % au moyen orient et 8 % en Asie Orientale. Ces chiffres sont calculés sur les « actifs » et par rapport au nombre total de jeunes. Si on prend le nombre total de jeunes, on obtient les pourcentages suivant : 37 % ont un emploi, 40 % font des études sans occuper d’emploi, moins de 10 % font des études en occupant un emploi, mais 12 % sont sans emploi et ne poursuivent pas d’études (source Les échos, mars 2010, ici).

Ces chiffres se sont nettement détériorés très récemment, avec la crise financière. Et rien n’est gagné d’avance. Car cette crise est toujours présente. Si en France l’enseignement supérieur est relativement épargné (ce qui ne veut pas dire qu’il est suffisamment financé, en particulier l’université), ce n’est pas forcement le cas ailleurs, comme par exemple au Royaume Unis où le chômage des jeunes se voit faire face à la politique d’austérité, conséquence de la crise financière (voir l’article dans The Independent, ici). Les universités, qui jadis fonctionnaient comme une soupape de sécurité sociale, sont contraintes elles aussi de faire des économies drastiques.

En France les universités sont quasi-gratuites et sans sélection. C’est donc assez facile pour un jeune de s’inscrire à l’université plutôt qu’au chômage. Le jeune se dit que puisque qu’il n’y a pas de travail, autant en profiter pour faire des études, car avoir des diplômes devrait lui permettre de trouver plus facilement du travail. Alors le jeune sort des statistiques du chômage, ce qui fait fort plaisir au gouvernement car cela lui évite d’être épinglé pour un chiffre très catastrophique, et donc ça lui évite d’avoir à mettre en place des mesures spécifiques importantes. On comprend mieux alors pourquoi les gouvernements ne sont guère enthousiasmés de mettre en place la sélection à l’université et pourquoi ils combattent très mollement les pourcentages d’échec faramineux en licences (dont nous avons déjà parlé ici et ici). Les universités y trouvent aussi leur compte : des inscrits ça fait des postes …

Dans tout ça, le pire c’est que le jeune ne semble pas bien comprendre la situation. Du travail pour lui, y’en a pas. Pourtant, chaque année, le jeune continue à déferler sur le marché du travail … l’âge bête dans toute sa splendeur …