Il y a quelques jours, j’ai cité quelques mots d’Axel Kahn qui s’exprimait sur sa vision de l’université « Le dernier lieu de civilisation ». Un des commentateurs me faisait alors remarquer que ce regard était peu pragmatique, à n’en pas douter, tout en soulignant que c’était une belle vision. Je me suis demandée alors ce que pouvait bien être une vision pragmatique de l’université.

Moi le pragmatisme ce n’est pas trop ma spécialité, ainsi je préfère laisser ça aux spécialistes. Alors  je tends le micro à Paul Jacquet, président de la CDEFI (conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs) (source EducPros, ici, comme toutes les citations de ce billet).

« Nous avons pensé la réforme de notre enseignement supérieur en vase clos, entre universitaires, autour de notre vieux clivage universités-grandes écoles qui n’a plus beaucoup de sens vue de l’extérieur mais qui est si pratique quand on ne veut pas se poser la vraie question : celle du rôle que notre enseignement supérieur et notre recherche a à jouer dans le développement économique et social de la France. La réforme de notre enseignement supérieur ne peut plus se limiter à un projet universitaire mais doit être un projet de société. […]cette attention toute particulière à rester entre nous a pourtant de lourdes conséquences. Elle nous a progressivement éloigné des attentes de la société. »

Décidément je ne suis pas la seule à penser que notre structuration de l’enseignement supérieur n’a pas de sens. Mais ces mots, provenant d’un président d’une structure composée de directeurs d’écoles d’ingénieurs, a de quoi étonner. En effet, les écoles tirent très bien leur jeu de cette structuration car elles attirent toujours autant, sinon plus, les élites … Pourquoi remettre en cause une structuration qui vous est avantageuse ?

Monsieur Jacquet a certainement une petite idée dernière la tête, du genre transformer l’université en entreprise …  alors Monsieur Jacquet (là j’improvise), concrètement ça veut dire quoi ? Quelle évolution préconiseriez-vous ?

Paul Jacquet: Il faut « assumer pleinement le rôle socio-économique de nos établissements. Ce mouvement sera forcément collectif. Et les universitaires et chercheurs que nous sommes auront à le conduire dans un partenariat toujours plus étroit avec les acteurs publics et privés locaux, nationaux et internationaux. »

Bon, ce Monsieur Jacquet me semble un peu manier la langue de bois. Je tourne alors mon micro vers Philippe Gillet, ancien directeur de cabinet de Valérie Pécresse aujourd’hui vice-président de l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne). Monsieur Gillet, que faut-il faire pour être pragmatique ?

Philippe Gillet : « à Lausanne, un tiers du campus est dédié à des entreprises privées. De fait, le site compte autant de chercheurs publics que privés. Tous ceux qui ont la responsabilité de porter la croissance se retrouvent. C’est l’effet cafeteria ! »

Et avant que je pose ma nouvelle question, il renchérit : « le message du grand emprunt est bien de créer un continuum fort entre recherche fondamentale et recherche appliquée, et de ce fait de rapprocher campus et pôles de compétitivité. […] ces stratégies de regroupements dépendent des hommes et de leur volonté de faire des choses. Les outils à mettre en place ne sont pas compliqués. Lausanne a bien réussi sa mutation en dix ans. »

Bon, j’ai compris le message : pour être pragmatique, il suffit de construire une cafétéria … D’ailleurs elle est très sympa la cafet de l’EPFL

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