Pourquoi notre R&D est-elle si mauvaise ? C’est une question récurrente mais pourtant elle perdure depuis des années sans que l’on trouve la formule magique. Plusieurs interprétations peuvent être tentées. Par exemple, on peut fustiger le faible investissement français, en particulier du secteur privé. Une simple comparaison entre la France et les Etats-Unis est très instructive : l’investissement global R&D (public et privé) est de seulement 2,0% en France contre 2,8% aux Etats- Unis. Les dépenses intérieures de R&D des entreprises françaises progressent à un rythme annuel près de deux fois plus faible en volume qu’aux États-Unis (source ici). On note un taux de financement relativement comparable pour le secteur public mais un réel différentiel pour le secteur privé. Une autre explication, qui semble en vogue ces derniers temps, serait que la faiblesse de la R&D privée française résulte avant tout d’un mauvais positionnement sectoriel. Par exemple, les entreprises américaines investissent quatre fois plus dans les secteurs de forte intensité technologique (technologie, télécommunications, santé…), comparées aux entreprises françaises. Pour en savoir plus on pourra lire ici la note de veille du Centre d’analyse stratégique, voir également une analyse de Olivier Bouba Olga, ici.

Étant donné que je suis une universitaire naïve et désuète, je vous propose une autre interprétation de la faiblesse de la R&D privée française. Je me base sur l’hypothèse (certes critiquable …) que pour faire de la recherche digne de ce nom il peut être utile d’avoir des chercheurs. Pourtant les entreprises françaises n’ont guère de chercheurs dans leurs effectifs de R&D. Elles recrutent surtout des ingénieurs qui ne sont pas formés par et à la recherche. Plus de la moitié des chercheurs en entreprise sont issus d’une école d’ingénieur. Les docteurs ne représentent que 13,5 % de l’ensemble des chercheurs. La répartition détaillée est donnée par l’histogramme ci-dessous (données issues de l’observatoire de l’emploi scientifique. Rapport 2009. L’état des lieux de l’emploi scientifique en France, dossier téléchargeable ici ).

Alors pourquoi s’étonner de la faiblesse de la recherche privée française ? Et si on osait le docteur dans les entreprises ?

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