Sanofi Aventis est un gros groupe pharmaceutique français. C’est le numéro 1 en France, numéro 1 en Europe et le numéro 5 mondial dans le domaine pour 2009 (voir la fiche wikipédia ici). L’entreprise consacre un volume important de son chiffre d’affaire en R&D. La stratégie récente de l’entreprise en ce qui concerne sa R&D mérite un peu d’attention. Ce n’est d’ailleurs pas une spécificité de Sanofi-Aventis, beaucoup d’autres entreprises sont également engagées dans ce type de démarche.

Février 2009 : A sa nomination, le nouveau directeur général de Sanofi-Aventis, Christopher Viehbacher, annonce un projet de transformation du groupe qui affecterait sa branche R&D.

30 juin 2009 : l’entreprise annonce une réorganisation majeure de sa R&D. Cela comprend la fermeture de huit sites sur vingt-sept, dont quatre en France. Cela concerne 20 % des effectifs en France. L’objectif est de « rassembler les chercheurs dans des structures plus efficaces et [d’]adapter le profil et les compétences de ses collaborateurs », indique le groupe dans un communiqué (source Le Monde du 30 juin 2009, ici).

Concernant les objectifs, « Avec la mise en place de ce nouveau modèle de R&D, sanofi-aventis confirme sa volonté de maintenir son niveau d’investissements en matière de recherche, de rester fortement ancré en France, de créer des partenariats avec la recherche publique et privée, le monde académique, les entreprises de biotechnologies, et de rechercher de nouvelles expertises par le recrutement de chercheurs prometteurs » (communiqué de presse du groupe, ici)

Sanofi Aventis n’a pas du tout l’intention d’arrêter la R&D mais souhaite externaliser entre 20 et 30 % de son activité R&D vers des laboratoires académiques. C’est un savant calcul : la recherche coûte cher à une entreprise (salaires, équipements, locaux, …). Il y a alors tout à gagner de mettre en place des partenariats avec des laboratoires publics qui sont en grande partie financés par l’Etat. L’entreprise affiche « sa volonté de maintenir son niveau d’investissements en matière de recherche, de rester fortement ancré en France, de créer des partenariats avec la recherche publique et privée, le monde académique, les entreprises de biotechnologies, et de rechercher de nouvelles expertises par le recrutement de chercheurs prometteurs » (source ici)

M Cluzel, responsable de la R&D de Sanofi-Aventis, aurait déclaré en interne (non daté – et trouvé sur les sites des syndicats) : « Pourquoi voudriez-vous qu’on continue à financer 100% de notre recherche interne alors qu’à l’extérieur, les organismes de recherche publique, les biotechs, les universités sont financés en tout ou partie par l’état et les collectivités territoriales ». Le même précise : « Il n’y a aucune commune mesure entre le coût des recherches externes (biotechs et académiques) qui bénéficient des aides publiques et gouvernementales et celle de l’interne où nous prenons tout en charge ».

Cette déclaration, qui est prêtée à M. Cluzel (mais je n’ai pas pu retrouver la source), est particulièrement choquante. Dans le cadre de partenariats, qu’ils soient public-privé ou autre, il est d’usage que les partenaires tirent chacun un bénéfice de leurs actions communes (ici le mot bénéfice n’est pas nécessairement financier mais peut concerner aussi une avancée scientifique ou découverte d’intérêt collectif). Mais trop souvent les contrats industriels privés ne sont pas vraiment à l’avantage des acteurs du monde académique. Trop  souvent les acteurs du monde industriel considèrent que la recherche publique est au service des entreprises et qu’ils peuvent en disposer selon leurs besoins moyennant quelques appointements souvent symboliques et mineurs à leur échelle. Quelques questions de bon sens devraient être systématiquement posées. En voici quelques unes, sans probablement être exhaustif : l’entreprise rembourse-t-elle à l’Etat le salaire des chercheurs du secteur public qu’elle utilise pour un projet donné ? Comment permet-on à des chercheurs du secteur public, qui ont une mission de service public, de travailler au service d’une structure privée à but lucratif (je veux dire par là, est-ce que les chercheurs en question sont détachés temporairement du service public ?). Est-ce que les chercheurs doivent mettre en sourdine leurs libertés académiques durant la période du contrat ? Est-ce qu’ils peuvent publier leurs résultats sans contrainte particulière ? En cas de succès commercial issu de l’un de ces projets, à qui vont les bénéfices ? etc …

En attendant Sanofi-Aventis continue sa démarche de partenariat à un rythme forcené. Voici quelques dates clés :

24 février 2009 : Le groupe annonce la signature d’un protocole d’accord pour une alliance stratégique avec le Salk Institute for Biological Studies (La Jolla, Californie, Etats-Unis) (source ici)

Mercredi 5 août 2009, la direction de Sanofi-Aventis a annoncé qu’un important accord cadre de collaboration avec l’Inserm serait finalisé d’ici la fin de l’année. Cet accord portera sur la recherche sur les molécules dans le cadre des nouveaux pôles de compétences de l’Inserm. Dans ce cadre, des salariés de Sanofi-Aventis pourraient être missionnés à l’INSERM. La direction de Sanofi-Aventis a expliqué que cette politique de partenariat répond à la volonté du groupe de s’adapter au changement de modèle de recherche dans le domaine médical (source ici)

15 octobre 2009, la création de « laboratoires communs, public – privé » entre Sanofi-Aventis et l’INSERM, des salariés de Sanofi-Aventis pouvant même être missionnés à l’INSERM.

26 octobre 2009 à l’Elysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy, conseil stratégique des industries de la santé. Une proposition de ce conseil est d’ « utiliser les fonds du Grand emprunt pour que les équipes de recherche françaises de rang international soient orientées vers des priorités stratégiques thérapeutiques nationales ». Cette politique de la recherche, qui semble soutenue par le gouvernement, s’inscrit dans le cadre de la Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation (SNRI) qui définit quelques grandes priorités scientifiques surtout tournées vers des applications à court terme. Selon SLR (sauvons la recherche), « c’est donc l’argent public qui va encore financer le risque de la démonstration de l’efficacité du produit et les futurs profits resteront au bénéfice des industriels et de leurs actionnaires » (ici) et là. . Pour la SNTRS CGT « Sanofi-Aventis entend sacrifier sa R&D interne en sous traitant ses recherches à la recherche publique » (ici).

3 décembre 2009 : Le groupe annonce la signature d’un accord de licence exclusif mondial avec l’Université Rockefeller (New-York). (source ici)

19 décembre 2009 : Le groupe annonce une alliance avec California Institute of Technology (Caltech) de Pasadena, Californie, Etats-Unis. « Cette alliance stratégique de recherche devrait renforcer nos technologies de recherche et témoigne une fois de plus de notre volonté de nouer des partenariats avec les meilleurs acteurs de la recherche scientifique », a déclaré Marc Cluzel, Vice-Président Exécutif, R&D) (source ici)

17 Février 2010 : Le groupe annonce la signature « d’un partenariat de Recherche avec AVIESAN, l’Alliance Nationale pour les Sciences de la Vie et de la Santé, constituée par le CEA, le CNRS, l’INRA, l’INRIA, l’Inserm, l’Institut Pasteur, l’IRD, la Conférence des Présidents d’Université et la Conférence des Directeurs Généraux de Centres Hospitaliers Régionaux et Universitaires. C’est la première fois qu’un tel partenariat est signé avec l’ensemble du monde de la Recherche académique en France dans le domaine de la santé ». Source, communiqué de presse du groupe, ici)

26 mai 2010 : Le groupe conclue une alliance et un financement avec le MIT (Massachusetts Institut of Technology), source ici.  

31 mai 2010 : Le groupe annonce « la signature d’un accord de partenariat avec l’université de la Charité de Berlin. Cette collaboration public-privé, présentée par les deux partenaires comme une première de ce type en Allemagne, verra Sanofi et l’Université combiner leur expertise scientifique respective « dès le stade de la recherche en amont, c’est-à-dire plus tôt que dans les collaborations classiques », précisent-ils dans un communiqué » (source ici)

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