Comme vous le savez, je suis une extraterrestre. Je suis missionnée par l’OGU (observatoire galactique des Universités) afin d’étudier l’étrange comportement des universitaires terriens en cette période charnière. Comme beaucoup d’extraterrestres, j’ai la faculté de pouvoir voyager dans le temps et j’ai bien envie de vous raconter un petit morceau de votre futur. Normalement je n’ai pas trop le droit (ne pas infléchir le cours de l’histoire, laisser les peuples disposer d’eux même, blablabla …) ainsi je demande à mes lecteurs de rester discrets. De toute façon je ne vais rien dire de vraiment décisif, je voudrais juste vous conter une petite anecdote.

Plantons d’abord le décor : nous sommes le 13 septembre 2013, on entame donc la deuxième année du deuxième quinquennat de N. Sarkozy. En ce qui concerne la recherche et l’enseignement supérieur, V. Pécresse a été remplacée par Irnerius qui est chargé de démanteler les universités et d’installer des IES (instituts d’enseignement supérieur) un peu partout en France. On connaît aussi les vainqueurs du concours lancé à l’occasion du grand emprunt. Tous les sites gagnants sont dans la région parisienne, le Rhône-Alpes et le grand Sud. Rien ailleurs. De toute façon, l’ailleurs n’existe plus vraiment : la Bretagne lutte depuis plus d’un an contre une gigantesque marée noire, l’alsace a été rendue aux allemands suite à la guerre expéditive de l’automne 2010 qui a marqué en outre la fin de l’Europe, le nord de la France s’est retrouvé impliqué dans la guerre civile entre flamands et wallons. Mais bon, je m’égare à vous raconter tout ça et je doute que ça vous intéresse, j’en viens au propos de ce billet.

On est donc le 13 septembre 2013, vers 18h : je m’apprête à quitter mon laboratoire. J’atteins le garage à vélos quand j’entends quelqu’un qui hurle à la fenêtre « RacCCHHeeÊÊL !! ». Oh c’est mon directeur de labo qui m’interpelle. Et là je comprends immédiatement mon égarement : j’ai oublié de remplir ma feuille de temps ! Car il vous faut savoir, chers lecteurs, qu’en cette année 2013 chaque chercheur doit déclarer quotidiennement ce à quoi il a travaillé dans la journée … Docile, je retourne au labo pour la remplir et la signer, cette foutue feuille de temps ! Pas envie de me faire virer …

J’ai classé cette chronique dans la rubrique « rions un peu » mais franchement ce n’est pas drôle du tout ce qui arrive au CNRS avec les contrats européens. Car il s’est fait épinglé par Bruxelles à la suite d’un audit financier sur les contrats européens. L’amende est très lourde : 70 M€ ! En effet,  pour ces contrats européens, le temps des chercheurs passé sur le contrat est explicitement inscrit dans le projet du contrat. S’il est accepté, l’union européenne rembourse aux institutions d’appartenance le temps que le chercheur a travaillé pour l’Europe. Donc le CNRS aurait perçu de l’argent de l’Europe en dédommagement du temps passé (salaires) sur les projets Européens. Mais voilà que les chercheurs n’auraient pas bien géré leur temps ou alors ils n’auraient pas été suffisamment rigoureux dans le remplissage de la feuille de temps …

En cette année 2013, on ne rigole plus avec les feuilles de temps. Le principe s’est étendu à tous les autres types de projets, ARN, région, industrie … alors chaque soir le chercheur remplit sa feuille de temps. L’année 2013 est bien triste … big brother is watching you !

Source : ici et . Ailleurs aussi.