Faut-il augmenter les droits d’inscription à l’université ? C’est une question difficile et qui a le pouvoir d’exacerber les crispations. C’est Dauphine qui a ouvert le bal cette année (voir nos deux billets « Coup de tonnerre ou coup d’épée dans l’eau ? » et « Le nouveau Robin des bois de l’enseignement supérieur ? »). Depuis, plusieurs autres personnalités se sont exprimées sur le sujet. Sur le site d’EducPros on peut lire une intéressante interview de Jean-Charles Pomerol, président de l’UPMC (lire ici). L’entretien est surtout centré sur les restructurations des établissements à Paris mais JC Pomerol est aussi interrogé sur le thème des droits d’inscription. Extrait :

« il faut tout de même rappeler que d’une certaine manière, dans l’enseignement supérieur, ce sont les pauvres qui subventionnent les riches, puisque que 20 % des étudiants seulement viennent des classes défavorisées, contre 80 % des classes riche et moyenne. Il n’est en outre pas choquant selon moi que la contribution de la famille soit plus forte pour une formation de master rentable avec un bon salaire assuré à la sortie. Ce qui est important, c’est d’avoir un bon système de bourse pour les étudiants défavorisés, ce qui, d’une certaine manière, est contradictoire avec la gratuité. »

Je ne suis pas persuadée que les chiffres avancés par JC Pomerol soient corrects pour l’ensemble de l’université, 20 % ça me paraît peu… Mais peu importe, il est bien connu que l’enseignement supérieur français ne favorise pas l’ascension sociale. On se souvient du débat houleux sur ce thème en début d’année sur les fameux 30 % de boursiers dans les « grandes écoles » (nous y avons consacré plusieurs billets). L’attention s’était portée sur les écoles et a occulté l’université qui pourtant n’accueille que 26,6 % de boursiers, repartis en 32 % en licence et 18,5 % en master (tous les détails dans notre billet « démocratisation de l’accès aux masters des universités »). On note la régression catastrophique des boursiers en master, ce qui laisse penser que l’université n’accompagne pas convenablement les étudiants socialement défavorisés sur des parcours longs. Tout ça on le sait depuis longtemps mais force est de constater que rien n’évolue vraiment. Faire payer les étudiants issus de familles riches pour permettre aux étudiants défavorisés d’avoir enfin une bourse d’étude convenable, voilà une idée intéressante à discuter …

Dans le même esprit que JC Pomerol, on pourra lire avec intérêt une contribution assez précise (mais concise) sur le site « répondre à gauche » de François Hollande. Cette contribution (qui n’est pas de F. Hollande) s’intitule « Relever le financement des études supérieures de façon plus redistributive, c’est possible ! » Extraits :

« Pour être efficace, le financement de l’université doit passer par un effort accru de ses bénéficiaires à travers le relèvement sensible des droits de scolarité. Pour être juste, cet effort doit être modulé en fonction des moyens de chacun. Dès lors, deux orientations sont possibles (1) Tenir compte des critères de revenus présents : il s’agirait donc de moduler les frais d’inscription en fonction des revenus des parents. (2) Tenir compte des revenus à venir : Il s’agirait de mettre en place une nouvelle forme de prêt étudiant à taux nul ou faible, accessible à tous. […] ». Expérience comparable menée en Australie « ce système a permis de relever le financement de l’enseignement supérieur sans peser sur les finances publiques. Son caractère redistributif a également contribué à démocratiser des études supérieures et à faciliter l’insertion professionnelle des étudiants grâce aux nouvelles ressources perçues par l’université ».

Bien entendu tout le monde n’est pas d’accord pour faire payer les riches et financer les pauvres. C’est le cas par exemple de l’UNEF qui « dénonce l’intention de certaines universités, et notamment Paris-Dauphine, d’augmenter leurs droits d’inscription et de pratiquer ainsi une ségrégation » (lire ici). Cet avis est partagé aussi par des syndicats et collectifs, comme par exemple le SNESUP, SLU ou le CNESER (et certainement d’autres).

En attendant les étudiants issus de classes défavorisées peinent à s’offrir des études à l’université. En particulier, aller jusqu’au master est un chemin de croix, comme le prouve la forte baisse de boursiers observée en master. Les familles ne peuvent évidemment pas maintenir un effort financier sur une longue durée (et malheureusement la bourse d’Etat ne suffit pas pour vivre décemment – 345 euros si on l’étale sur 12 mois). Et travailler en même temps que faire ses études n’est pas une configuration très enviable ou facile à gérer. L’université saura-t-elle adopter un jour une attitude socialement responsable ?

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