Pour les aficionados, dont est cet astronaute, ce jour est celui de la 156ème University Boat Race opposant les deux universités historiques de l’Angleterre, Oxford et Cambridge, depuis l’an de grâce 1829. L’astronaute doit aujourd’hui révéler qu’il est un Cantabrigien, ex barreur de surcroît, et il a le plaisir de vous révéler que le VIII de Cambridge a remporté cette édition 2010 de haute lutte.

Certes ce billet a pour objet de savourer cette victoire sur The Other Place, mais on peut aussi observer que cette authentique compétition sportive est un grand événement national en Grande-Bretagne, retransmis en live par la BBC, et même, il faut le dire, regardé avec intérêt par des millions de téléspectateurs autour du monde. Il y a bien entendu le folklore british pour attirer autant d’intérêt, mais il faut bien admettre aussi que ce qui séduit ce public, l’immense majorité duquel n’appartient pas à ces deux universités mais choisit farouchement ses camps et se déchaine sur les bords de la Tamise avec un enthousiasme digne d’un passage du Tour de France (pour y avoir assisté, l’astronaute peut certifier que la comparaison tient bien), c’est parce qu’il est remarquable d’assister aux efforts d’athlètes de très haut niveau, dont la plupart sont des internationaux, titrés dans leurs pays, au niveau mondial et olympique, qui sont en même temps d’authentiques étudiants, souvent inscrits en Master ou Doctorat et qui parviennent à concilier ces cursus exigeants avec un entraînement physique et mental impitoyable. Quel remarquable hommage à ces deux vieilles universités que cet encouragement à l’effort intellectuel et sportif, avec des traditions humaines essentielles que sont le fair play, le respect de l’adversaire. Sportifs, oui. Étudiants, oui. Mais surtout, gentlemen (n’oublions pas les ladies, qui concourent pour leur propre course l’après-midi même).

Le sport universitaire, en France, n’a fait vraiment recette qu’il y a quelques années, au sens où les formations en STAPS ont fait l’objet d’une mode irrésistible, menant à un afflux d’inscriptions parfaitement incontrôlé dans ces formations. À part cela, il n’existe pratiquement pas d’intérêt, à l’intérieur même des universités, et encore moins au niveau national, pour les compétitions inter-universitaires dans quelque discipline que ce soit. Il serait bon de remarquer, tout de même, que le sport constitue souvent dans les universités de tradition anglo-saxonne un élément de l’esprit de corps et de l’identité des établissements, qu’il fédère souvent les fiertés d’étudiants très différents, même ceux qui ne sont pas sportifs du tout ou ne pratiquent pas eux-mêmes la discipline en question. Le sport génère aussi des réputations d’établissements, l’entrainement d’équipes de haut niveau requiert l’existence d’infrastructures dont ensuite toute la communauté universitaire peut bénéficier gratuitement: terrains d’athlétisme, courts de tennis, piscines, salles de gymnastiques, terrains ouverts et couverts… de façon à pratiquer le mens sana in corpore sano

Il serait peut-être bon que les universités françaises réfléchissent un peu, en cherchant à cultiver leur identité et à rassembler leurs communautés autour de projets d’excellence, à l’utilisation que l’on peut faire du sport universitaire. D’ailleurs, arriver à susciter un intérêt pour les compétitions au point que celles ci soient l’objet d’une couverture médiatique pourrait être une source de revenus. Les universités américaines, même publiques, retirent notamment des droits considérables à partir des retransmissions télévisées de grands matches de football et basketball notamment.

Alors, pourquoi ne pas défendre les couleurs de nos universités?

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