Les perspectives du grand emprunt soulèvent un vent de folie fusionnelle dans la région nord. Les six universités de la région envisagent de s’unir pour tenter de devenir un campus d’excellence, label qui sera donné de façon très sélective à une dizaine d’universités en France. Les milliards du grand emprunt provoquent décidément des envieux et des projets que jamais on aurait pu imaginer auparavant. On se souvient que Lille avait loupé son projet «  grand campus » il y a deux ans, toutefois rattrapé ensuite avec un lot de consolation bien en deçà des autres dix campus vainqueurs. A cette époque encore très récente, on avait vu les trois universités Lilloises très timorées quant à un éventuel projet de fusion. Et voilà qu’aujourd’hui tout le monde s’aime et veut se marier dans la région ! Peut-être que ce projet « grand campus » à moitié avorté et la construction du PRES Lille Nord de France a permis aux différents acteurs de modifier leurs stratégies en matière de recherche et d’enseignement supérieur ?

Mais ne cachons pas que le chemin est certainement encore long. A moins que ce projet de fusion régionale ne soit qu’un leurre afin d’attraper au vol quelques morceaux du grand emprunt. En effet, la situation de la région est très complexe. Dans les années 1990, il est décidé par soucis d’aménagement du territoire d’installer des universités et antennes un peu partout. Bilan : 28 sites d’enseignement supérieur et six universités qui comprennent Lille = 63 000 étudiants (trois universités publiques), Artois = 10 000 étudiants (Arras, Béthune, Douai et Lens), Valenciennes = 10 000 étudiants et Littoral = 10 000 étudiants (Dunkerque, Calais, Boulogne et Saint Omer). Pour en savoir plus sur cette configuration régionale complexe et sur l’historique de cette fragmentation, on pourra lire avec intérêt ici, ainsi que les différents liens proposés.

Comment va-t-on faire avec ce paysage fragmenté ? Nul ne semble le savoir à ce stade car mise à part cette idée d’université régionale, personne ne semble parler de recomposition du paysage. D’ailleurs faut-il le recomposer ? J’aurais tendance à penser que oui car la recherche a besoin d’un environnement local riche et pluridisciplinaire. A mon avis ce sujet qui fâche ne sera pas à l’ordre du jour. On se souvient de la savoureuse cacophonie qu’avait provoqué un éventuel déménagement d’une antenne IUFM de Douais à Arras (chronique « du rififi chez les Ch’tis »), deux petites villes de taille équivalente, séparées par une autoroute, deux ou trois terrils et des km2 de sols gorgés les pollutions du site de Metaleurop.

L’université du Littoral a bien compris que si elle ne se bougeait pas elle risquait de mourir à petit feu face au géant Lillois. Alors son nouveau président milite pour la création d’une université régionale (ici). La région a aussi un autre gros problème : elle a une université privée, la « Catho » à Lille, qui a le vent en poupe avec un nombre d’étudiant qui gonfle d’année en année (environ 25 000) et qui est associée avec plusieurs écoles de la région. Alors pour compliquer le problème, on se pose la question d’intégrer ou non cette université privée – est-ce seulement possible ou souhaitable ?

Dans tous les cas ce dossier devrait avancer vite et on saura certainement prochainement l’épilogue de ce nouvel épisode Ch’tis. En effet l’appel d’offre pour le grand emprunt d’annonce très prochainement et le calendrier imposé ne permettra certainement pas d’éventuelles tergiversations …

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