Il est de bon ton de déclamer son opposition à la mastérisation de la formation des enseignants. Il est vrai que le contour n’est pas clair. Il est vrai aussi qu’on ne peut guère y voir clair étant donné que nombre d’universités semblent refuser de faire remonter les maquettes, ce qui n’est guère une façon constructive de résoudre cette crise. On est dans le brouillard, comme le souligne Irnerius sur son blog (ici). Pourquoi est-ce si compliqué ? Ailleurs il peut en être tout autrement. Voici mon témoignage … autant que mon séjour sur terre serve à quelque chose …

D’abord il vous faut savoir que mon université de rattachement se situe sur la planète Gliese 581e, constellation de la Lyre, à 20 années lumière de la terre. Dans mon université ces masters « métiers de l’enseignement » existent depuis longtemps. Globalement, et sans trop entrer dans les détails, nous avons trois voies principales (qui sont interconnectées): des masters « recherche », des masters « métiers de l’enseignement » et des master « entreprises des Glieséens au sens large ». Le principe fondateur est de générer une mixité entre les étudiants, qui progressivement choisissent leurs orientations (principe de progressivité). La première année de master est largement pluridisciplinaire et peut contenir différentes options non déterminantes de l’orientation postérieure afin que chacun puisse se tester sans préjudice. La deuxième année est professionnalisante pour tous les masters, y compris pour la recherche. Je le précise car sur terre vous donnez l’impression que la recherche n’est pas un vrai métier, par exemple vous ne reconnaissez pas vraiment la première période de recherche (le doctorat) comme une expérience professionnelle. Chacun de ces masters contient des stages dont cumul représente environ 1/3 de la formation de master. Ensuite nous organisons des formations tout au long de la vie (vie qui est beaucoup plus joyeuse que sur terre, mais c’est un autre sujet …).

Sur ma planète nous considérons que l’université est notre bien le plus précieux. We #loveHE, comme on dit dans les milieux branchés d’outre-manche. C’est pourquoi nous ne concevons pas que les enseignants puissent être formés ailleurs qu’à l’université. Ces enseignants sont nos ambassadeurs auprès des enfants et adolescents, la connexion indispensable entre le secondaire et l’université. Il est vrai que sur votre planète ce lien est distendu, ce qui est fortement préjudiciable pour l’orientation des étudiants vers des études à l’université. J’avoue ma plus profonde incompréhension quand j’entends des universitaires qui luttent contre ce principe de mastérisation et le maintien des futurs enseignants dans les structures spécialisées que sont vos IUFM, hors l’université. La mastérisation représente une chance pour l’université et il me parait surprenant que les universitaires ne se saisissent pas de l’opportunité qui leur est offerte.

Il est vrai que sur ma planète l’organisation est un peu différente. Par exemple il n’y a pas de système mise en place d’inégalité des chances (ségrégation sociale) comme vous l’avez développé en France avec vos écoles, prépas ou autre structure de méritocratie républicaine. Faut-il vous rappeler que la moyenne d’âge de l’obtention du concours enseignants à bac +4 est de 25-26 ans (alors qu’il devrait être de 22 ans !). A votre avis, qui peut se permettre d’attendre 6-7 ans avant d’avoir un métier ? Quel peut être l’intérêt de mettre des jeunes gens de 22-26 ans dans une salle d’attente ? N’y aurait-il pas des activités plus intéressantes à réaliser sur votre planète pour cette gamme d’âge ? Mais ça manifestement vous vous en fichez bien, lutter pour que rien ne change semble être votre credo. L’université devrait être ce lieu de mixité et d’ouverture, bref un lieu de civilisation dont on pourrait être fier et aimer.  Le brouillard c’est vous qui l’inventez pour vous défausser d’agir en acteurs libres et responsables.

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