Nos amis anglais sont eux aussi pris dans la tourmente. Leur gouvernement a décidé d’importantes coupes dans les budgets dédiés aux universités, suite aux difficultés économiques et dans le but de réduire les dépenses de l’Etat. Bien entendu, et à juste raison, les anglais se mobilisent pour défendre leurs universités. C’est le journal Times Higher Education (THE) qui semble prendre le porte-drapeau en lançant une campagne appelée #loveHE (HE pour Higher Education). En résumé, le THE demande aux anglais d’exprimer pourquoi ils aiment leurs universités (voir ici, sur le blog de Brigitte Fournier, pour plus de détails et pour les liens vers l’opération #loveHE).

Une telle opération pourrait-elle se réaliser en France ? Les Français aiment-ils leur enseignement supérieur et aiment-ils leurs universités ? Je me permets de douter que cette opération puisse rencontrer un quelconque succès ici, en particulier pour l’université. En effet, l’université ne représente pas l’excellence, notre méritocratie républicaine magnifie le concours à la française et l’orientation vers les grandes et les moins grandes écoles. L’université est « choisie », au final, par défaut. Cela est parfaitement illustré par les vœux émis par les étudiants dans le portail « admission post-bac », qui ne sont clairement pas en faveur d’une orientation dans les universités. L’université ne semble donc pas rencontrer une adhésion forte de la part des étudiants et est depuis longtemps délaissée par les hommes politiques qui n’y investissent que très peu.

Les universitaires aiment-ils leurs universités ? Là aussi je me permets d’en douter. Les universitaires n’ont guère cherché à insérer l’université dans un beau projet d’avenir, cela est parfaitement illustré par le mutisme universitaire suite aux orientations du « grand emprunt » national qui pourtant était très favorable à la recherche et à l’enseignement supérieur (donc à priori aussi aux universités). Depuis un peu plus d’un an, on a surtout entendu les mouvements universitaires nonistes, comme par exemple l’association SLU (sabordons l’université) ou la CNU (coordination des nonistes universitaires). Ce mouvement de contestation n’a guère rencontré d’adhésion dans la population, mais comment suivre des personnes qui ne savent que dire non et qui n’ont aucun projet crédible pour l’université ?  Je doute que l’université puisse se refonder sur les bases d’une lutte pour la préservation de la rigidité des statuts des personnels et des petits jeux minables de pouvoir dans les universités.

L’université est une belle endormie, on l’a déjà évoqué sur ce blog. Qui saura l’aimer ? Je me souviens en février dernier, la Tigresse avait déclaré sa flamme en public, à l’assemblée nationale « Il n’y a pas d’amour sans preuves d’amour et des preuves à la communauté universitaire, nous en donnons tous les jours. ». C’était beau, poignant : quelle pourrait être la preuve d’amour plus grande que de donner aux universités leurs libertés et leurs responsabilités ? bref l’autonomie … peut-on envisager l’amour sans confiance ? Les universitaires n’ont pas confiance, ni en leur avenir, ni entre eux. Pourtant rien ne sera possible sans confiance ni amour.

Les lecteurs de la Gaïa Universitas aiment-ils l’université ? Si c’est le cas (je le veux !) alors qu’ils oublient leur timidité quelques instants et qu’ils laissent ci-dessous leur message d’amour … tentons un #LoveTH à la française !

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