Grigori Perelman est un mathématicien russe né en 1966 à Léningrad. Il a travaillé à l’Institut de mathématiques Steklov de Saint-Pétersbourg. De 1992 à 1995, on le retrouve aux États-Unis puis il retourne dans son pays d’origine et disparaît quasi-complètement du milieu académique. On pourra trouver des éléments bibliographiques plus complets ici. Dans le portail de Thomson Reuters et son ISI web of knowledge, il a publié 4 articles cités au total 132 fois. Son h-index est égal à 4 (si j’ai bien fait la mesure). Bref ce n’est vraiment pas terrible. L’histoire pourrait s’arrêter là mais voilà qu’en 2006, il se voit décerner la médaille Fields, l’équivalent du prix Nobel en mathématiques. Grigori Perelman refuse cette médaille par laquelle il a été récompensé pour avoir résolu la « conjecture de Poincaré » qui est considérée comme un des plus difficiles problèmes de mathématiques (voir ici pour savoir ce qu’est la conjoncture de Poincaré). La résolution de ce problème de mathématiques avait été mise à prix en 2000 par l’Institut de mathématiques Clay comme les « sept problèmes les plus recherchés du millénaire ». C’est pourquoi l’institut lui a décerné jeudi dernier (il y a deux jours) ce prix dont le montant est d’un million de dollars. A ce jour on ne sait pas si Grigori Perelman viendra chercher sa récompense, on peut en douter car il avait refusé de se déplacer en 2006 pour recevoir sa médaille Fields.

On peut s’étonner du h-index de Grigori Perelman. Pourquoi est-il aussi faible alors que le mathématicien est considéré comme l’un des chercheurs les plus brillants de sa discipline. En voici la raison : Perelman n’a pas publié ses travaux dans une revue avec comité de lecture (évaluation par les pairs). Il les a publié (3 articles au total, en 2002 et 2003) par voie électronique sur arXiv, base de données qui est surtout utilisée par les auteurs pour mettre en ligne les versions en pré-publication, car « le laps de temps s’écoulant entre le moment où un chercheur termine un projet et le moment où son travail est publié dans un journal peut être considérable » (extrait wikipédia, voir ici pour en savoir plus). Il y a une modération par les administrateurs du site internet, mais un chercheur peut très bien mettre à disposition de la communauté scientifique et du public des travaux qui ne sont pas passés par l’étape traditionnelle du comité de lecture. Les travaux correspondants ne sont donc pas répertoriés dans les bases de données « officielles ». C’est ce qu’a fait Grigori Perelman avec sa résolution de la conjecture de Poincaré en 2002 et 2003. On pourra lire ses trois articles ici, ici et . Bonne lecture !

Les chroniques du h-index: voir également celles d’Albert Einstein, de Jacques Benveniste, de Jorge Hirsch, du Professeur Tournesol, de Piotr Chomczynski,  de mon collègue de bureau, de Solomon Snyder et de la France. Et n’oubliez pas que le h-index doit être consommé avec modération !

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