A l’université, les heures complémentaires correspondent à un volume d’enseignement supérieur aux 192 heures statutaires. Il n’y a d’heures complémentaires que pour l’enseignement, pas pour la recherche. Ces heures complémentaires engendrent des configurations étonnantes (voir le volet 2). C’est un système peu glorieux car il favorise la démission de la recherche (volet 1). En effet comment faire de la recherche quand on a un fort volume d’enseignement en plus de celui de son statut ? Le comble c’est que les heures complémentaires sont rémunérées à des personnes qui effectuent des enseignements pendant le temps statutaire de recherche (pour lequel il y a une rémunération), c’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle les universitaires les appellent « heures complémentaires » et non « heures supplémentaires ».

Certains enseignants-chercheurs (EC) tiennent beaucoup à ces heures complémentaires. Ainsi il est souvent très difficile de rénover une formation ou mettre un terme à un cours, bref de modifier un peu les équilibres tant les blocages peuvent être importants. Souvent les commissions pédagogiques et leurs projets de réforme (de rénovation, d’innovation) n’y résistent pas. Dans les offres de formation, on voit souvent se générer des options ou des dédoublements parfois étonnants. Ces heures complémentaires peuvent être un réel problème budgétaire pour l’université, typiquement ça se chiffre souvent en millions d’euros pour beaucoup universités. Comme on l’a déjà dit, le paiement est pris sur les ressources propres.

La cour des comptes a souvent pointé du doigt les dysfonctionnements des universités en matière d’heures complémentaires. Elle mentionne en particulier la non maîtrise des heures complémentaires, l’inflation de l’offre de formation alors que les effectifs d’étudiants sont en baisse, la sous utilisation des personnels ou la difficulté d’obtenir des informations fiables. Certains cas sont absolument scandaleux, comme par exemple la cour des comptes signale des EC qui font plus de 700 heures par an d’heures complémentaires ! On pourra lire avec quelques un de ces rapports le site de la cour des comptes, ici (cliquer ensuite sur « publications » tout en bas à droite, puis faire une recherche en tapant le mot clé « université »). La dernière en date à s’être faite épinglée est l’université Paul Sabatier (Toulouse). La Chambre Régional des Comptes pointe du doigt « notamment les dépenses d’heures complémentaires qui ne faisaient l’objet d’aucun contrôle, même succinct, alors qu’elles représentaient 10 % des dépenses de fonctionnement » (source, la Dépêche du Midi). Le volume d’heures en question est de 100.000, ce qui représente 4 millions d’euros.

Rappelons quelques concepts simples : trop d’heures complémentaires empêchent un investissement qu’on pourrait faire ailleurs. Trop d’heures complémentaires tuent l’emploi et donne l’impression que finalement les universités sont suffisamment pourvues en EC. La notion du partage du travail ou de répartition des tâches pourrait être revisitée à l’Université. Un bon début serait d’instituer une transparence dans ce système ou bien simplement adopter une charte de déontologie dans laquelle on fixerait quelques notions simples de bon sens. Aurons-nous le courage d’aller vers une université socialement responsable ou université équitable ?

A lire également : Le volet 1 qui dresse un panorama général sur les heures complémentaires à l’université. Dans le volet 2 nous comparons le salaire de personnels statutaires avec différentes configurations (par exemple avec ou sans heures complémentaires). Dans le volet 3 nous tentons de discuter très sommairement de l’influence des récentes réformes sur ce thème des heures complémentaires. Dans le volet 4 nous examinons l’influence que pourraient avoir le nouveau statut des EC.

Publicités