C’est avec une certaine indifférence que Luc Chatel a annoncé récemment qu’une dizaine « d’internats d’excellence » ouvriront leurs portes à la rentrée prochaine. Les places sont destinées aux jeunes issus de milieux défavorisés. Ce dispositif « espoir banlieues » avait été lancé par F. Amara en février 2008. Il a été repris dans rapport « Juppé-Rocard » sur le « grand emprunt » et réactivé en janvier par la polémique surfaite sur les boursiers dans les grandes écoles. D’après Luc Chatel, ces internats pourront accueillir 20.000 élèves d’ici quelques années et couvriront l’ensemble du territoire. C’est un effort qui représente environ 500 millions d’euros pour ce thème de « l’égalité des chances et internats d’excellence ».

On a déjà beaucoup discuté de ce thème sur la Gaïa Universitas, que ça soit sur l’orientation trop élitiste du « grand emprunt » (ici, ici et ) ou sur le simple thème des internats d’excellence (ici). L’objectif affiché est de « démocratiser » l’enseignement supérieur mais ne nous leurrons pas : le débat s’est fortement focalisé sur les « grandes » écoles et en conséquence cette action « internats d’excellence » est maintenant fortement ancrée dans la dynamique de ces filières d’excellence (prépas, écoles). Les internats sont d’ailleurs maintenant inclus dans les 10 mesures d’accompagnement des écoles d’ingénieurs et les grandes écoles pour l’objectif des 30 % de boursiers (communiqué du ministère, ici). Nous avons montré ici que pourtant objectif de 30 % de boursiers ne concernera qu’environ 1 % de la population des étudiants, ainsi on peut douter de son efficacité en matière de démocratisation. La vraie démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur doit passer par l’université, elle seule est capable d’assumer des flux importants d’étudiants et c’est donc vers elle que les investissements devraient être faits. Voir également sur le même sujet le texte des refondateurs, daté du 19 janvier. Il faut regretter que mis à part les refondateurs, l’université et les acteurs universitaires ont été complètement absents de ce débat. Pourtant l’université a aussi des progrès à faire sur le sujet comme en témoigne l’évolution de l’origine socioprofessionnelle des effectifs avec la gradation des études (voir notre billet « démocratisation de l’accès aux masters »).

Mais disons le franchement, ce thème de la démocratisation de l’accès aux grandes écoles et celui des internats d’excellence fait frissonner l’inconscient collectif. « Mon fils sera ingénieur » reste un objectif de rêve pour beaucoup de familles. Le gouvernement l’a bien compris et communique sur ce thème (voir ici et ici). Sur ce dernier lien, on peut même faire une petite visite virtuelle de l’internat d’excellence de Sourdan (Seine-et-Marne). Avec ces internats on va pouvoir dormir tranquille.

« A la tombée de la nuit, Nounours et le marchand de sable arrivent du ciel sur un nuage. Tous les soirs, ils rendent visite aux enfants, prêts à aller se coucher. Nounours les écoute, joue avec eux ou les console lorsqu’ils ont du chagrin. Puis, il regagne son nuage et souhaite avec sa voix chaleureuse : ‘Bonne nuit les petits, faîtes de beaux rêves !’. Au même moment, le sable doré tombe en pluie sur le lit des deux enfants qui peuvent enfin s’endormir en toute quiétude. »

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