Cette chronique est inspirée par la lecture d’un article dans Le Monde « L’université française devient-elle une auberge chinoise ? », 18 février, rédigé par un professeur des universités. L’idée de ce thème m’était déjà venue car j’ai bien observé que je voyais de plus en plus de chinois dans mes cours, au point de me poser la question d’apprendre le mandarin. Mais le temps que cette idée traverse mon esprit, mes chinois avaient déjà appris à parler le français. Agréable ces chinois : souriants, curieux, travailleurs, disciplinés en cours. Et corriger des copies de chinois est un vrai plaisir, c’est très concis et souvent juste. Mais bon, là n’est pas le sujet du jour.

L’auteur de l’article s’inquiète du nombre élevé d’étudiants chinois dans nos universités, au point qu’il se demande s’il ne faudrait pas introduire des quotas comme en Allemagne. En effet un étudiant ça coûte de l’argent au contribuable (environ 9.000  par an). D’après l’auteur, il y a 22.000 étudiants chinois dans les universités françaises, qui représentent donc 200 millions d’euros.

Mais profitons de l’occasion pour faire un petit point sur les étudiants étrangers en France. On en compte 266.400. Dans les universités, il y en a 206.500, soit 15.4 % des inscrits. Remarquons que les cycles de licences ne comptent que 10.6 % d’étrangers alors qu’il y en a 20.4 % dans les masters et près de 40 % dans les doctorats (tous les chiffres de ce billet proviennent du document « Repère et références Statistiques », édition 2009, p 193). Les étudiants étrangers viennent donc préférentiellement chercher une formation diplômante de haut niveau. Je connais quelques-uns de ces masters qui ont été sauvés grâce à la présence massive d’étudiants étrangers ! Notons aussi que les étudiants chinois sont loin d’être majoritaires car près d’un étudiant sur deux est originaire d’Afrique, pour seulement un sur cinq pour les asiatiques. Il faut noter aussi que si les universités (hors IUT) comptent comme étudiants étrangers 15.4 % des inscrits, les autres filières de l’enseignement supérieur (IUT, STS, écoles diverses) sont à un niveau nettement inférieur, de l’ordre de 6 %. Ainsi l’université est un lieu d’accueil privilégié. Il faut convenir aussi que vue de l’étranger, notre structuration de l’enseignement supérieur est illisible, mises à part les universités.

Mais revenons sur le sujet du « coût de l’étudiant étranger ». Si on utilise les statistiques officielles, les 22.000 chinois sont une charge de 200 millions d’euros au contribuable. Si on compte tous les étudiants étrangers, cela représente 1.86 milliards d’euros chaque année (en ne comptant que les étudiants dans les universités) payés par l’état aux universités pour accueillir ces étudiants. Notre auteur « s’interroge sur le bien-fondé de cette généreuse subvention » pour les étudiants chinois. Il précise bien, et c’est heureux, que « la tradition d’accueil d’étudiants étrangers dans l’université française est ancienne et fondée sur d’excellentes motivations : aide au développement, universalisme, contribution à l’amitié entre les peuples… ». Pour ma part je suis très attachée à cette tradition et j’espère bien qu’on ne remettra pas en cause cet accueil de l’étudiant étranger et qu’on poursuivra le financement de la formation à la même hauteur que les étudiants français.

Mais pourquoi notre auteur se focalise-t-il sur les étudiants chinois alors qu’ils ne représentent environ que 10 % des étudiants étrangers ? Voici sa raison : les chinois sont riches, ils connaissent une croissance flamboyante ainsi il ne voit pas trop pourquoi les contribuables français payeraient pour des émissaires d’un pays riche. Je me demande bien comment notre auteur peut savoir que les étudiants chinois de France sont riches (en moyenne). Est-ce le cas ? Peut-être que, justement, s’ils viennent en France c’est parce que l’enseignement supérieur y est gratuit ? Peut-être qu’ils n’avaient pas les moyens de s’inscrire à Harvard, Yale ou Stanford (compter 26.000 euros/an) ? D’ailleurs, ne nous leurrons pas : les chinois ne jurent que par le classement de Shanghai, dans lequel on ne peut pas dire que nos universités soient bien visibles. Ainsi s’ils viennent en France, il est possible que nos chinois aient été refusés ailleurs ou bien ils n’ont pas les moyens de s’offrir les frais de scolarité des universités les plus prestigieuses. Alors université française, soit fière d’accueillir en ton sein ces cohortes étrangères. Prolongeons autant que possible cette tradition d’accueil de l’étudiant étranger.

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