Le CNESER, via l’initiative de la plupart des syndicats du supérieur, nous offre sans surprise une motion sur l’augmentation des frais d’inscription à l’université Paris Dauphine (ici). Extrait : « Le CNESER dénonce la réforme des frais d’inscription qui conduira à l’exclusion des étudiants les plus modestes, à l’heure ou la Ministre exige que les grandes écoles s’ouvrent à la mixité sociale ».

Nous avons déjà consacré un billet sur le sujet « Dauphine : coup de tonnerre ou coup d’épée dans l’eau ? ». « Les droits perçus seront dégressifs par rapport aux revenus familiaux des étudiants, le principe étant de faire payer les mieux lotis pour soutenir les autres, un système qui, notait Le Monde paru hier soir, imiterait le système mis en place il y a quelques années à Sciences Po Paris ». D’après un billet d’Educobs (ici), « Le coût sera modulé selon le revenu de la famille. Il sera au maximum de 4000 E par an, soit un total de 8 000 E pour les deux ans du cursus master. Ne seront astreints à payer ce prix que ceux dont revenu brut fiscal familial dépasse 80 000 Euros par an. En dessous de 40 000 E, on paiera 1500 E par an. Et les boursiers ne paieront rien ».

Ainsi on peut voir de grandes différences de point de vues. Le sujet mérite une attention très particulière compte tenu de la piètre performance de l’université pour accompagner les étudiants issus de milieux défavorisés vers les masters (voir la démonstration dans notre récent billet « Démocratisation de l’accès aux masters des universités »), et ceci dans un contexte de « démocratisation » de l’accès aux grandes écoles (Bac+5, tout comme les masters des universités). D’après Educobs, « plus des trois quarts des étudiants en master à Dauphine sont des enfants issus des classes supérieures ». Or ces classes supérieures ne représentent que 10 % de la population… Tout cela montre bien que le système actuellement en place ne répond pas à une égalité des chances de l’accès aux masters de l’université.

Mais revenons sur la position du CNESER : « Le CNESER dénonce la réforme des frais d’inscription qui conduira à l’exclusion des étudiants les plus modestes ». Dauphine prévoit des frais d’inscription d’environ 4.000 euros. Quand on sait que la bourse sur critères sociaux la plus haute (l’échelon 6) s’élève à 4140 euros, la réaction première serait de s’offusquer en disant que l’étudiant boursier sera complètement plumé. Dans ces conditions, il est certain que il ne pourra pas s’inscrire en master à Dauphine. On pourrait se dire aussi que les syndicats du CNESER ont mal compris les intentions de Dauphine, qui pourtant a bien précisé que les tarifs seront dégressifs et que les étudiants socialement défavorisés ne payeront pas de frais. Et si Dauphine mettait en place une sorte de fond de solidarité pour venir en aide aux étudiants en difficulté financière, pour compléter le faible niveau de bourse d’Etat et leur permettre de faire leurs études dans des conditions acceptables ? Et si Dauphine était le nouveau Robin des bois de l’enseignement supérieur ?

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