Dans leur récente tribune, intitulée « sortir de la crise universitaire » (publiée dans Le Monde, le 19 janvier), les refondateurs s’indignent, à juste titre, que l’université apparaisse comme offrant « des filières de relégation pour ceux qui n’ont pas trouvé de place ailleurs ». Pour contrecarrer cette faiblesse, les refondateurs ont leur parade : la sélection-orientation. Selon eux « Il ne s’agit pas de revenir sur le principe de large accueil de l’enseignement supérieur, conquête démocratique à laquelle la nation tout entière est attachée. Il s’agit d’affirmer que ce principe ne peut se traduire par l’obligation faite à l’université, et à elle seule, d’accueillir indistinctement tout public, même celui dont chacun sait qu’il n’est pas en mesure de suivre un cursus universitaire ».

Je suis moi-même très attachée à ce principe de large accueil à l’université. L’université doit garder ses portes ouvertes à tous, pour tous les diplômés de l’enseignement secondaire, pour tous les âges. Mais dire cela peut passer pour de la démagogie car actuellement l’université ne propose pas une gamme de formations bien adaptées pour l’ensemble du public issu de la massification, comme en témoigne le taux d’échec élevé en première année de licence. Elle n’a pas su concurrencer les formations alternatives qui ont fleuri un peu partout à coté d’elle et qui ont progressivement ponctionné les meilleurs éléments.

La sélection à l’université ? On se souvient de 1986 et la réforme Devaquet qui avait provoqué des manifestations monstres qui s’étaient terminées par la mort de Malik Oussekine et l’abandon de la réforme. Nombre d’universitaires sont toujours opposés à cette sélection, ainsi que le principal syndicat étudiant, l’UNEF, qui n’a pas changé de ligne sur le sujet.

La sélection à l’université ? Elle existe déjà pour certaine filières, qui certes sont soigneusement cloisonnées des filières plus académiques (IUT, IUFM, médecine, …) ou alors dans certains établissements qui ont des statuts dérogatoires (par exemple Dauphine). A l’université, on peut faire une sélection à l’entrée du master 2. Ceci est parfaitement stupide de sélectionner au milieu d’un diplôme mais cela traduit bien une certaine incapacité de faire évoluer les pratiques malgré les réformes (le master 2 était correspondait auparavant aux DEA et DESS. Le LMD est passé par là mais les pratiques ne se sont pas adaptées aux nouveau cursus – une aberration)

La sélection à l’université ? On peut se demander si c’est vraiment utile, ceci pour deux raisons (1) Un certain nombre d’étudiants viennent à l’université par défaut, victimes d’une sélection qui n’aura pas été à leur avantage. A quoi servirait de remettre une couche de sélection sur une population d’étudiants qui est déjà passée par la moulinette de la sélection ? (2) Une sélection, pourquoi pas, mais alors qu’elle soit une sélection-orientation. C’est d’ailleurs ce que réclament les refondateurs. Mais dans ce cas, le problème est d’un autre ordre : l’université est-elle en capacité d’offrir des formations différenciées selon le public ? Il semble que la réponse est non. Si c’était le cas, ce taux d’échec en licence serait depuis longtemps résorbé. Pour que ça marche, il faudrait mettre en place des filières courtes (3 ans) et professionnalisantes. Mais ces filières existent déjà (IUT, STS) et elles fonctionnent bien. L’université n’a que peu d’expérience sur ce terrain et je doute qu’elle ait actuellement les capacités de développer cette offre de formation. Par ailleurs, ce besoin est-il exprimé par la société civile ou les entreprises ? Bref une sélection-orientation, oui ! Mais une orientation vers quoi ? Il serait bien de le savoir. Tout un monde à inventer !

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