D’après les refondateurs, l’université française est en danger de mort lente (voir leur récente tribune dans Le Monde, « sortir de la crise universitaire »). Ça fait un peu frémir mais d’un autre coté, en y réfléchissant bien, ça fait assez longtemps que ça dure. Il est loin le temps où on venait à l’université pour faire ses humanités …

L’université est clairement à un tournant de son histoire, comme en témoigne les évènements récents. Depuis au moins trois décennies, elle se meurt de ne pas avoir été soutenue par la classe politique (indépendamment de la couleur politique), fonctionnant donc avec des moyens trop restreints. Elle se meurt de ne pas avoir su mettre en place des formations de premier cycle adaptées aux nouvelles populations d’étudiants. Elle se meurt de n’avoir jamais eu de politique scientifique et de s’être laissée pilotée par le CNRS. Elle se meurt de ne pas avoir « osé la compétition » du « marché » de l’enseignement supérieur français, conséquence de notre fragmentation historique en prépas, STS, IUT ou grandes écoles. Elle se meurt de ne s’être jamais remise en cause et d’avoir refusé tous les projets de réforme. Et surtout, elle se meurt étouffée par son nonisme, incarné jusqu’à la caricature par certaines organisations universitaires, comme par exemple SLU (Sabordons L’Université).

Faire renaître l’université ? Oui ! Mille fois oui. Mais quel chemin prendre ? Qui seront les guides de cette refondation ? On ne peut pas (on ne doit pas) compter sur les politiques : leurs visions et leurs mandats sont de bien trop court terme (exemple : la vision est trop élitiste du gouvernement actuel). On ne peut compter sur les syndicats, leur crédibilité et représentativité étant fortement altérée par le très faible taux de syndicalisation parmi les universitaires. On ne peut pas non plus compter sur les nonistes, ça va sans expliquer…

Alors qui ? J’avais pensé que ça pourrait être nos refondateurs. D’ailleurs à part eux, je ne perçois aucune autre possibilité crédible à ce jour. Leur manifeste de mai dernier avait été pour moi une lueur d’espoir, dans un contexte de fin du monde (de mon monde), même si j’étais un peu méfiante … c’est un peu à cause d’eux que j’ai créé la Gaïa Universitas, je leur ai consacré mon premier billet et j’ai suivi et commenté, je crois, tous leurs écrits.

Que font les refondateurs actuellement ? Pourquoi se sont-ils contentés d’égrener 11 modestes propositions de réforme en mai dernier ? Pourquoi ne sont-ils pas parvenus à mobiliser la communauté autour d’un projet de refondation ambitieux ? Prévoient-ils une confirmation de ce type de projet ? A mon avis, ils gagneraient à communiquer davantage afin qu’on ne les oublie pas entre deux tribunes du Monde

Faire renaître l’Université, c’est bien beau mais laquelle ?

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