Le Conseil national des universités (CNU) est l’instance nationale qui se prononce sur les mesures relatives à la qualification, au recrutement et à la promotion des enseignants-chercheurs (EC) de l’enseignement supérieur. Un décret datant d’avril 2009 lui confère également une mission d’évaluation quadriennale des EC. On pourra trouver ici les textes relatifs aux nouvelles missions du CNU (site du CNU).  L’évaluation quadriennale des EC correspond donc à une nouvelle tâche que le CNU n’assumait pas auparavant.

Un EC a une double mission d’enseignement et de recherche. Il a aussi souvent une mission souvent appelée « administrative » et qui correspond à de l’administration des formations ou de la recherche. A ce jour on n’a guère de détails sur la façon dont sera réalisée cette évaluation quadriennale des EC et on peut se poser la question de la réelle pertinence de confier cette mission d’évaluation à une instance nationale.

Evaluation de la recherche effectuée par un EC : Les travaux de recherche qui sont dans les dossiers des EC ont déjà été évalués, étant donné qu’ils sont publiés. A quoi sert de faire une évaluation supplémentaire de ces travaux déjà évalués ? On pourrait imaginer que le CNU examine l’impact des recherches réalisées. Toutefois l’examen porte sur une période quadriennale. Cette courte durée annule la possibilité d’étudier cet impact de façon correcte.

Evaluation de l’enseignement effectué par un EC : A ma connaissance, le CNU ne dispose pas des outils qui puissent lui permettre d’évaluer cette mission. S’il s’agit juste de vérifier que l’EC fait son service, on ne peut guère appeler cela une évaluation. Cette évaluation n’aura un sens que quand on disposera d’outils de mesure (indicateurs) qui permettent une évaluation juste et non subjective, qui ne toute façon sera impossible à réaliser par une instance nationale.

Evaluation des tâches « administratives » : Bien que les missions d’un EC soient la recherche et l’enseignement, il est très conseillé d’avoir dans son dossier quelques missions d’administration. C’est très curieux mais c’est ainsi, et il est bien regrettable que cette dérive constatée des missions initiales ne soit pas remise en cause par notre communauté. Comme pour l’enseignement, on ne dispose pas de critères d’évaluation des travaux réalisés et je doute fort que le CNU puisse faire cette évaluation à une échelle nationale, pour des services rendus à l’échelle locale, mis à part faire une liste des activités administratives (ce qui ne correspond en rien à une évaluation).

En résumé, l’évaluation quadriennale des EC par le CNU laisse dubitatif : pour la recherche il s’agira d’évaluer des travaux qui ont déjà été évalués. Pour l’enseignement et « l’administration », il sera dans l’impossibilité de faire l’évaluation, sauf si la communauté met en place des critères d’évaluation. En conséquence, le CNU risque fort de se transformer en une usine à gaz.

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