Depuis hier de nombreux médias ont consacré des articles sur l’annonce faite par l’Université de Paris-Dauphine de procéder à une brusque et très considérable augmentation de ses droits d’inscriptions, en particulier sur ses Masters, passant de la somme habituellement basse de règle dans toutes les universités françaises (231 euros) à un maximum de 4000 euros par an. Les droits perçus seront dégressifs par rapport aux revenus familiaux des étudiants, le principe étant de faire payer les mieux lotis pour soutenir les autres, un système qui, notait Le Monde paru hier soir, imiterait le système mis en place il y a quelques années à Sciences Po Paris.

Il faut aussi relever que Dauphine avait lancé le sujet de l’augmentation de ses droits déjà en 2007, une possibilité qui avait été discutée jusqu’au Conseil d’État et avec la ministre Valérie Pécresse. Cette dernière avait fait connaître un avis plutôt défavorable, arguant que l’université de Paris-Dauphine devrait, pour ce faire, renoncer à la qualification de diplômes nationaux pour ces formations dont les droits augmenteraient, en les re-catégorisant en tant que diplômes d’établissement (avec les habituels et très bureaucratiques obstacles que rencontrent ce genre de diplômes pour leur reconnaissance, même lorsqu’ils proviennent d’établissements réputés: un problème que rencontrait pendant longtemps, d’ailleurs, le diplôme de Sciences Po Paris). Le Conseil d’État s’est également prononcé en ce sens dès 2007.

Dauphine a dès lors choisi le défi: arguant que leur réputation n’est plus à faire, 48 masters en gestion, économie internationale et développement se voient qualifiés de diplômes d’établissement, ce qui donne lieu à une sémantique cocasse (et somme toute, peut-être assez embarrassante pour la ministre qui s’est exprimée en ce sens): on prétend qu’il s’agit de diplômes « nouveaux », mais il semble peu probable, en vérité, que ces formations n’aient pas déjà existé; Dauphine en fait capitalise sur sa réputation bien établie sur ces formations, justement. Pour  demeurer en conformité, on procède donc à cette « requalification », ce qui montre une fois de plus à quelle point les structures règlementaires et statutaires ossifiées régissant l’enseignement supérieur français obligent à toutes sortes de contorsions pour prétendre, comme le Guépard de Lampedusa, que tout doit changer pour que rien ne change (en l’occurence c’est ici l’inverse, rien ne doit changer pour que tout change!).

Il va être intéressant d’observer la suite des événements, à savoir: Dauphine fera-t-elle des émules? Les établissements d’excellence, distingués tant par le Plan Campus que par le « Grand Emprunt » vont-ils aussi s’orienter vers l’augmentation des droits comme source de nouveau financement, et, il faut bien le dire, comme marque de notoriété? Quid surtout du reste des établissements à l’autonomie nouvellement accordée? Enfin, quelles vont être les résistances et objections formulées à une politique d’augmentation des droits? Traditionnellement, la question des droits est un cheval de bataille des syndicats étudiants (plus que de ceux de personnels, qui sont en revanche très contents de récupérer les mouvements après coup pour leur propre intérêt) et l’UNEF n’a pas manqué de protester immédiatement contre la « transformation » de Dauphine en « ghetto de riches » (soit dit en passant, on peut soupçonner ces belles âmes d’avoir répandu ce genre de qualificatif pour Dauphine depuis assez longtemps, avant même que les droits n’augmentent). Rappelons aussi que les droits constituent un serpent de mer dans l’histoire politique et sociale de l’enseignement supérieur français. Il a suffit d’une perspective de droits élevés à 1200 francs en 1986 pour que la fameuse « réforme Devaquet » soit contestée par une marée de protestataires, se soldant par plusieurs émeutes à Paris, un mort (Malik Oussekine) et le retrait de l’ensemble du projet, la démission du ministre sur ordre de ses supérieurs… et vingt ans d’immobilisme conséquent pour tout l’enseignement supérieur.

L’action individuelle d’un établissement aura-t-elle le même facteur mobilisateur? On pourrait en douter. La mobilisation est bien plus facile à décréter contre un projet du gouvernement concernant l’ensemble du système, car ceci rencontrera d’emblée le soutien de principe de toutes les actuelles forces d’opposition; or un seul établissement peut difficilement (mais ce n’est pas impossible, on verra bien!) être érigé en symbole de la politique gouvernementale, d’autant plus si, par intérêt politique bien compris, la ministre-candidate s’en démarque. Que faire, cependant, si d’autres se mettent à imiter Dauphine et le mouvement vers des études universitaires payantes fait tâche d’huile? Alors, la décision de Dauphine: coup de tonnerre ou coup d’épée dans l’eau?

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