Reprenons aujourd’hui le texte des refondateurs, tribune publiée le 18 janvier par Le Monde, ici (voir les deux chroniques précédentes, « le retour des morts-vivants »  et « Favoriser ce qui marche »). Ces refondateurs sont très perspicaces car ils ont noté un « déclin de l’université publique ». D’après eux, ce déclin vient de la structure de l’enseignement supérieur français qui est, comme chacun le sait, segmenté en écoles de tous types, IUT, BTS et universités. Il y a donc une concurrence entre toutes ces entités dont l’université ne sort pas gagnante. Les refondateurs font le constat que « l’université est aujourd’hui nettement minoritaire dans l’enseignement supérieur français ». L’université est contournée et les étudiants y vont par défaut, suite à l’échec d’une intégration dans une autre filière (écoles, IUT ou BTS) –  voir également la chronique d’Irnerius « ils fuient l’université ». Il est bien dommage que les refondateurs restent ici sur un simple constat et ne tentent pas une interprétation de cette évolution qui n’a pas été en faveur de l’université, pas plus qu’ils ne proposent un projet pour l’avenir. Cette évolution n’est pas nouvelle et il semble légitime de se demander pourquoi elle s’est développée défavorablement et pourquoi l’université n’a rien mis en branle pour la contrer. Est-ce par refus de la concurrence ? Est-ce par manque d’idées ? Est-ce par manque de lucidité ? Est-ce par manque de moyens ? Est-ce à cause d’une impossibilité interne qui reste à identifier ? Identifier la cause du mal est certainement utile si on souhaite tenter de dégager des solutions.

Pourtant de nombreux ouvrages sont consacrés aux problèmes que rencontre l’université, y compris par certains membres des refondateurs. Prenons comme exemple un article de François Vatin et Antoine Vernet, La crise de l’Université française : une perspective historique et socio-démographique, in L’Université en crise : Mort ou résurrection ? », éditeur La Découverte – La revue du MAUSS. D’après les auteurs, l’université aurait fait une très mauvaise gestion de la massification dans les années 1980-1990. Elle n’aurait pas réussi sa rénovation, c’est-à-dire elle n’a pas été capable de mettre en place des formations pour concurrencer les formations périphériques de l’enseignement supérieur. Contrairement aux écoles, BTS ou IUT qui sont libres de définir les conditions d’accès à leurs enseignements, l’Université n’a pas mis en place une sélection à l’entrée des cursus de formation. Elle se retrouve même dans l’obligation de d’accueillir tous les bacheliers. L’université est devenue la « voiture balai », avec une nouvelle population d’étudiants en réalité peu adaptée à l’enseignement universitaire, à qui il faudrait offrir des formations courtes et professionnalisantes. Pourquoi cet état de fait a-t-il perduré  ? Les auteurs donnent deux raisons : (1) L’université devenait un outil peu coûteux pour endiguer le flux statistique de jeunes chômeurs. Peu importe les taux ahurissants d’échec dans les premiers cycles, l’essentiel est que les jeunes avaient une carte d’étudiant, donc n’étaient pas chômeurs. (2) La communauté universitaire a été complice de cette politique peu glorieuse. Beaucoup d’étudiants, en cette période de massification, ça voulait dire des postes pour les labos de recherche.

Mais on s’écarte de la tribune de janvier 2010, revenons-y. Les refondateurs sont des universitaires et voient donc d’un mauvais œil les récentes mesures accordées aux écoles et classes préparatoires (voir la polémique sur les boursiers dans les grandes écoles, chroniques « Valérie Pécresse enfonce le clou », « Circulez, y’a rien à voir » et « Se pose-t-on la bonne question ? »).  Ils se demandent « pourquoi alors l’attention est-elle focalisée sur elles ? ». Peut-être ont-ils oublié le mouvement noniste des universitaires en 2009 (pourtant certains des refondateurs en furent les fers de lance). En effet qui voudrait maintenant investir dans des structures dont n’émane que le refus ?  Il faut reconnaître néanmoins que je suis d’accord avec eux quand ils disent que « cette politique semble irréfléchie dans ses conséquences de moyen terme ». La vraie démocratisation de l’enseignement supérieur passe par un investissement dans les structures qui sont susceptibles  d’accueillir un très large éventail de la population française. A l’heure actuelle, seule l’université peut remplir cet objectif.

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