Nos refondateurs sont de retour ! Ce petit groupe de personnalités hétéroclites (du noniste au vrai réformateur en passant par le pompier-pyromane) a vu le jour en mai dernier. Après plusieurs mois d’absence, ils signent une tribune dans Le Monde (ici). Leur long texte a comme toile de fond le débat sur les boursiers dans les grandes écoles. Il est aussi l’occasion de faire un diagnostic assez déprimant sur l’état de nos universités et plus globalement sur la structuration de notre enseignement supérieur. Quelques extraits (en titanic) et commentaires:

« soumis à la concurrence croissante de cursus d’enseignement supérieur non universitaires […] l’université française […] est en danger de mort lente »

Damned ! C’est donc si grave que ça ? On se souvient de l’appel du 15 mai dernier : « L’université est, pour nombre de ses composantes, à peu près à l’agonie ». De l’agonie on passe donc à la mort lente. Force est de reconnaitre que ce n’est certainement pas faux et que malgré le diagnostic de mai dernier des docteurs-refondateurs, rien ou presque n’a été fait. Au contraire l’université a poursuivi sa descente en enfer, comme en témoigne le lamentable dossier de la mastérisation (dont nous parlons souvent sur ce blog).

« Or, par son lien unique avec la recherche, par sa vocation démocratique aussi, elle (l’université) constitue un pilier essentiel pour le développement d’une économie de la connaissance, et plus généralement pour l’équilibre de notre société. En réponse, la ministre proposait, conformément à nos propres demandes, de « remettre l’université au centre du système français d’enseignement supérieur ». C’est pourtant une tout autre politique qui se dessine ici. »

Il est particulièrement amusant de lire que ce sont les refondateurs qui ont contraint la ministre à « remettre l’université au centre du système français d’enseignement supérieur » en mai 2009. Ce projet est celui qu’elle a défendu à son arrivée en 2007. Il suffit de lire les discours et communiqués sur le site du ministère pour s’en convaincre. A cette époque on parlait de rapprochement entre grandes écoles et universités ou de l’installation de classes préparatoires eu sein des universités. C’était un moment d’espoir de voir l’université redresser la tête. La vague noniste n’était pas encore passée, vague qui a balayé toutes ambitions futures pour l’université dans une lutte contre des réformes qui pourtant étaient nécessaires. Ne soyons pas étonnés qu’une toute autre politique se dessine aujourd’hui. Elle n’est que la conséquence de l’inconséquence du mouvement universitaire de 2009.

« Certes, le voeu d’accueillir 30 % de boursiers dans les « grandes écoles » pointe un problème majeur : le dualisme du système d’enseignement supérieur français, entre, d’un côté, le système des classes prépas et des écoles et, de l’autre, celui des universités. Ce dualisme est de plus en plus inégalitaire, reléguant les enfants des classes populaires dans le secteur désormais second, celui des universités. […]. L’université n’est même plus pensée comme un lieu d’accueil pour les meilleurs étudiants issus des classes populaires. »

Les refondateurs sont des grands penseurs et mettent en lumière ce que personne n’avait pointé avant eux : en France l’enseignement supérieur est un monstre à deux têtes dont les cerveaux respectifs ne communiquent pas. Je suis sous le choc d’une pareille révélation !

« Cette politique (support aux classes prépa et GE) a une logique. Elle repose sur l’idée que, décidément, l’institution universitaire serait irréformable […] Mais elle confirme les craintes que nous exprimions : l’objectif n’est pas de réformer l’université, mais bien de la contourner. »

Il est bien connu que l’université a toujours été hostile aux réformes. Le mouvement de l’année dernière en a été une caricature. Que l’on soit contraint de penser autrement que par l’université n’est guère étonnant, nous sommes maintenant bien obligés d’assumer les conséquences des refus successifs ou grandes difficultés pour modifier les structures et les statuts. L’université refuse d’avancer alors elle est contournée (d’ailleurs ce contournement n’est pas du tout un fait nouveau …). Quoi de plus logique ? … et rien de plus déprimant …

Je sais, j’ai ironie facile. Je n’ai d’autant moins de complexe que ces refondateurs je les aime bien et que je suis plutôt d’accord avec leur texte. Mais provoquer et violenter ceux que j’aime est un vice dont je n’arrive pas à me défaire …

… a suivre (peut-être) …

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