Je suis bien mauvaise langue : j’avais prédit que la petite « polémique » sur le nombre de boursiers dans les grandes écoles n’aboutirait sur rien, je dois bien avouer que je me suis trompée. Valérie Pécresse en a remis une couche aujourd’hui, après un entretien avec le président de la CGE (conférence des grandes écoles) et  celui de la CDEFI (conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieur. Elle a réitéré l’objectif de 30 % de boursiers dans toutes les grandes écoles, ceci dans un délai de 3 ans. On pourra lire le communiqué du ministère ici.

Il faut noter qu’il ne s’agit pas de 30 % de boursiers en moyenne dans les grandes écoles, mais 30 % dans chacune des grandes écoles ! C’est une nuance extrêmement importante car si beaucoup d’écoles titillent ou dépassent déjà ces 30 %, les plus renommées d’entre elles en sont bien loin (par exemple environ 11% des entrants à Polytechnique, environ 13 % à l’Essec, ..). On attend avec curiosité de voir comment elles vont atteindre cet objectif. On se souvient par ailleurs que pour Valérie Pécresse, le terme « boursier » englobe aussi les étudiants qui ne touchent pas de bourses (échelon 0, il y a juste une exonération des droits d’inscription). Il suffirait simplement d’étendre l’amplitude des boursiers à l’échelon 0 pour arriver à cet objectif de 30% sans trop d’effort.

Pour réaliser ces objectifs, qui restent malgré tout ambitieux pour les écoles les plus sélectives, dix mesures sont adoptées (voir liste complète ici). Parmi elles on peut citer les fameuses « cordées de réussite » qui correspondent à un partenariat entre les grandes écoles et les lycées de quartiers défavorisés, la mise en place de 100 nouvelles classes préparatoires et de 20 internats d’excellence ou de rénover certains aspects du concours (jugés comme socialement discriminants).

Le ministère met donc des moyens dans les structures en amont des grandes écoles. On peut se demander si ces mesures vont dans le bon sens : pour ma part je pense que non. Faire passer le nombre de boursiers à 30% dans les grandes écoles est un objectif louable mais combien d’étudiants cela concerne-t-il ? Cela concernera environ 10% des étudiants dans les GE (en supposant que le niveau de boursiers est actuellement de 20 % en moyenne). Sachant qu’il y a actuellement environ 10 % d’étudiants qui sont dans ces écoles, cela représente donc un effort total qui profitera à environ 1% de la population estudiantine. Je doute fort que ce pourcent puisse être considéré comme  un tournant décisif dans la démocratisation de l’enseignement supérieur.

Il aurait été autrement plus ambitieux et « démocratique » d’investir dans l’enseignement supérieur « de masse », donc à l’université. Mais il est vrai que le gouvernement ne cache pas sa politique élitiste et d’excellence en matière d’enseignement supérieur et de recherche (voir le débat sur le « grand emprunt » sur ce blog). Par ailleurs il est bien loin le temps où Valérie Pécresse parlait de mettre en place des classes préparatoires dans les universités ou de travailler au rapprochement entre grandes écoles et universités. Il est vrai que le mouvement noniste universitaire est passé par là et qu’il parait maintenant bien difficile d’investir dans des structures qui affichent des refus systématiques pour la moindre réforme.

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