Ces derniers temps on a beaucoup entendu de protestations contre le projet de la mastérisation tel qu’il est proposé par les ministères concernés. En particulier l’année en alternance rémunérée de fonctionnaire stagiaire est décalée d’un an, ce qui porterait atteinte à la démocratisation du métier d’enseignant. En effet, nous l’avons évoqué dans notre dernier billet (ici), les études longues ne sont guères fréquentées par les élèves issus de milieux modestes. Mais on peut aussi se poser la question suivante : le système actuel est-il socialement juste ?

Facteur de pression du concours. Nous en avons déjà parlé sur ce blog (ici). On rappelle que le taux de succès est d’environ 15 % en moyenne (pourcentage pris sur le rapports des lauréats/présents au concours). C’est donc un concours plus sélectif que celui de médecine. La grande différence est que celui là est positionné à bac+4, ce qui ne laisse plus beaucoup d’options pour travailler une réorientation en cas d’échec.

Un concours à bac+4 ? Intéressons-nous au niveau des lauréats aux concours du CAPES. D’après les statistiques du ministère de 2008 (ici), 36,6 % des étudiants ont le niveau licence (qui est le niveau exigé), 45,3 % sont titulaires d’une maîtrise et pas loin de 10 % ont un diplôme à bac+5. Ce concours accessible aux bac+3 est donc majoritairement gagné par des candidats ayant en poche un diplôme bac+4. Ces mêmes statistiques nous indiquent également que 46 % des candidats retentent leur chance en cas d’échec. Le taux d’échec des licences est imputable à la forte pression sur ces concours, il faut souvent retenter sa chance plusieurs fois. Les masters actuels sont parfois ainsi transformés en « salle d’attente » car l’embouteillage est impressionnant, pour la plus grande joie des universitaires qui voient ainsi leurs masters recherche se remplir … par des gens qui ne veulent pas faire de recherche mais préparer les concours …

Intéressons-nous maintenant à l’âge des candidats. Dans les statistiques publiées par le ministère, on peut lire que l’âge moyen des lauréats est de 26,3 ans pour le concours externe de 2008. Ce chiffre ne veut pas dire grand-chose car dans le document ne précise pas si l’agrégation est prise en compte dans ce calcul. De plus les candidats avec des parcours particuliers (âgés) viennent perturber cet âge moyen. Trouver des statistiques plus détaillées n’est pas une opération facile. J’ai toutefois trouvé des données pour le CAPES externe « science de la vie et de la terre », pour les années 2008 et 2009 (ici et ici). Avec ces données on peut tracer un histogramme de répartition des âges des candidats. Les histogrammes montrent un pic au alentour d’un âge de 23-24 ans. Mais ce pic n’est pas une gaussienne, la courbe est fortement asymétrique, avec très peu de candidats en dessous de 23 ans et un grand nombre au dessus de 25 ans. L’âge moyen calculé, en utilisant la courbe de répartition et en éliminant les candidats âges « hors norme », est de 24,8 ans, disons 25 ans pour arrondir. Il faut se souvenir que le CAPES est un concours accessible après la licence, il est donc d’un niveau de bac +4. Donc les candidats devraient avoir 22 ans. Admettons un petit accident de parcours pour chacun d’entre eux (un redoublement dans la scolarité), on arrive à 23 ans. Pourtant la moyenne est de 25 ans. Les étudiants ont donc passé 6 ans en moyenne dans l’enseignement supérieur quand ils réussissent le concours à bac +4. Qui peut se permettre d’attendre si longtemps pour avoir ce concours ? Ce système actuel est-il socialement responsable ? Permet-il aux étudiants socialement défavorisés de réussir dans cette voie ? On peut sérieusement en douter.

En conclusion, le système actuel est loin d’être un modèle de fluidité et de démocratisation. L’âge moyen de succès aux concours est trop élevé et actuellement les masters sont trop souvent des salles d’attente. La nouvelle formulation de la mastérisation permettra-t-elle la mise en place de solutions plus saines ? Tout reste à construire.

Nos autres articles sur la mastérisation: « Les enjeux de la mastérisation », « le positionnement du concours », « la finalité du concours », de « l’offensive de l’enseignement catholique », « du rififi chez les Chtis », « Schéma directeur régional: l’autonomie des universités piétinée par V. Pécresse », « Une chance pour l’université », « Le théorème de la  mastérisation», « SuperProf bientôt de retour », « Sortie de tunnel ?», « Le concours est-il soluble dans le master ?».

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