Pendant que nous nous préoccupons des impasses qui semblent survenir pour l’université et l’enseignement supérieur en France, il est évident que des soucis similaires sont visibles ailleurs. Cet astronaute donne peut-être l’impression d’estimer que tout va bien ailleurs, mais il me faut la dissiper. Au contraire, je pense qu’il est important, pour comprendre les enjeux de la réforme et de l’évolution de l’enseignement supérieur en France, de ne pas se voiler la face aux difficultés considérables rencontrées dans d’autres pays. Le système français s’est peut-être voulu protégé, mais en réalité il n’en subit pas moins fortement les chocs de la mondialisation, de la massification, de la concurrence et… de la surpopulation que d’autres systèmes à l’étranger. Lesquels ont du s’adapter en conséquence: flexibilité du travail, perte de statuts protégés, baisses de revenus, nécessité d’activités parallèles ou en collaboration avec les secteurs non-académiques de l’économie. Tout ceci n’est pas un « complot de l’étranger » contre le « modèle républicain français », mais c’est en fait une traduction de problèmes universels et inévitables du fait des évolutions démographiques, sociales et économiques rencontrées par les pays du monde.

Ce constat est extrêmement déprimant. La lecture d’un blog tenu par « Thomas H. Benton » (alias William Pappamaker, professeur d’anglais à Hope College) sur The Chronicle of Higher Education (ici), site basé aux États-Unis, est très édifiante.

Depuis plusieurs années, et dans une suite imposante d’articles sur The Chronicle et ailleurs, Benton, qui a été signalé cette semaine dans un édito de Félix Salmon pour l’Agence Reuters, pointe la contradiction entre les incitations massives à poursuivre des études de troisième cycle (et notamment doctorales) dans les Humanités et la réduction implacable de l’activité dans ce domaine dans les universités: les nouveaux diplômés ne trouveront pas simplement des emplois précaires de vacataires, ils ne vont pas en trouver du tout. Impitoyable, Benton juge même que pour réussir dans cette profession, il vaut mieux avoir une fortune personnelle (vivre en rentier donc) car il y aurait impossibilité mathématique de trouver un emploi stable et décemment rémunéré, au vu de l’évolution actuelle des universités vers la numérisation, le transfert de compétences et des décisions vers des personnels administratifs, la réduction des différents champs d’étude. Il conseille aux vacataires actuels, s’ils ne voient pas venir d’emploi titularisé après deux ans d’expérience, d’aller exercer ailleurs leurs compétences, au moins y trouveront-ils un vrai emploi et un statut et des revenus auxquels ils n’ont pas moins droit que ceux ayant fait le pari d’études professionnalisantes débouchant sur le secteur privé.

Cette position, d’un pessimisme noirissime, est évidemment discutable; pourtant elle fait peur en ce qu’elle porte une part de vérité dont on est bien conscient. D’ailleurs comment comprendre les sources du nonisme effréné de certains en France si ce n’est qu’ils voient venir ce scénario, et que la seule solution qu’ils trouvent est un maintien contre vents et marées de toutes les anciennes structures et pratiques, sans être assurés que ce maintien ne projetteront pas l’enseignement supérieur français plus loin dans l’inconséquence… au prix d’un chômage structurel de diplômés ou non diplômés toujours plus grand qui achèvera la dislocation de la société, voire de la République.

Il ne faut pas négliger le rôle du pessimisme dans les attitudes respectives que l’on observe au cours de nos débats. Il y a un pessimisme noniste, mais je me demande s’il n’y a pas aussi un pessimisme ouiiste qui jouent leur rôle pour forger des convictions et des prises de position.

Où peut-on donc trouver de l’optimisme? ça ferait un excellent sujet de philo!

Publicités