Le projet de mastérisation de la formation des enseignants continue de susciter des polémiques. Il faut reconnaître que les ministères concernés ne sont guère communicants sur le sujet, ce qui est fort surprenant et regrettable compte tenu de l’importance de la réforme et de ses conséquences. Parmi les nombreuses questions qui restent en suspens, il y a celle qui concerne l’insertion du concours dans le master. Comment faire cohabiter les deux formulations ? L’un est un concours national, l’autre est un diplôme national mais délivré par une structure locale. D’après nombre de commentateurs (souvent contestataires), leurs natures très différentes empêcheraient la cohabitation. Ainsi les étudiants devraient suivre le master et préparer le concours de façon indépendante, ce qui est bien entendu une configuration fort problématique.

D’après les récents éléments de cadrage des ministères les épreuves d’admissibilité et d’admission auront toutes lieu au cours de l’année de M2. Pour le CRPE, le concours aurait lieu en septembre avec des résultats d’admissibilité début novembre. Pour les CAPES et CAPET, les épreuves écrites se feraient à partir de début décembre et résultats à la fin du S3 (janvier). Le concours serait constitué de « deux épreuves d’admissibilité à caractère disciplinaires et de deux épreuves d’admission comportant une dimension professionnelle ». Toujours d’après ces éléments de cadrage, il est précisé que le concours devra trouver un adossement aux masters (et non le contraire), et que pour la construction du master « les spécificités propres aux concours de recrutement […] doivent être prises en compte ». L’objectif est donc de solubiliser le concours dans le master.

Mais l’intégration du concours dans un cycle de master n’est pas évidente à réaliser. En effet, le master devra être organisé de sorte à permettre aux étudiants de concourir, selon un calendrier imposé à l’échelle nationale et avec un programme de préparation qui sera commun à tous (principe d’égalité des chances devant le concours), et ceci dans le cadre d’une formation qui est de la responsabilité des établissements (donc organisation locale).  Quels seront la nature et le volume de ces enseignements « nationaux » ? Dans quelle mesure ces enseignements trouveront-ils leur insertion dans le master ? Les notes du concours seront-elles utilisées pour les ECTS du master ? En savoir un peu plus sur les maquettes nous aiderait grandement à avancer sur ce point. Dans ce contexte, le blocage des maquettes est bien regrettable.

Des solutions simples existent, si on se donne un peu de souplesse d’esprit. Par exemple plutôt que d’avoir un concours commun sur l’ensemble du territoire, il pourrait y avoir plusieurs concours sur plusieurs centres d’examen attachés à des établissements ou groupements d’établissements. Afin de garantir un socle commun de savoirs sur l’ensemble du territoire, il pourrait y avoir un cadrage national d’enseignements qui seraient obligatoires et qui seraient utilisés pour les épreuves du concours. Il suffirait ensuite que le ministère délègue aux universités (ou groupements d’universités) la responsabilité de faire passer le concours (mise en place pratique, confection des sujets et des corrections des épreuves). Chaque jury remonterait ensuite ses lauréats au service du personnel du ministère afin de valider (ou non) la liste et garantir le caractère national de ce recrutement de fonctionnaires d’Etat. Bien entendu dans ces conditions, le ministère affecterait un certain nombre de postes à pourvoir pour chacun des sites, nombre basé sur un principe de proportionnalité des populations du périmètre géographique d’une formation. Ce modèle aurait plusieurs avantages :

  1. Il donnerait de la souplesse aux universités dans l’organisation du master sans chevauchement avec un calendrier national (contraignant) pour les concours. Cette souplesse permettrait de mieux travailler une bonne insertion/cohabitation avec les autres masters.
  2. Il permettrait de niveler les conséquences dues aux disparités de niveau de formation selon les sites. Il éviterait ainsi la concurrence/compétition entre établissements qui n’est pas souhaitable pour cette mission particulière de formation des enseignants. Par conséquent il favoriserait les échanges et la synergie inter-établissements ainsi que le maintien harmonieux de formations sur l’ensemble du territoire. Il donnerait une réelle égalité des chances aux étudiants devant le concours sur le territoire. En effet un étudiant n’est pas responsable d’un faible niveau de préparation dans sa région et ne devrait pas être pénalisé si ce cas se présente.
  3. Il éviterait aux établissements la tentation de « tricher », c’est-à-dire de surdoser les enseignement ayant attraits aux disciplines sélectionnées pour le concours, ceci par des modules d’enseignement du master mais non officiellement dans le cadre de la préparation aux concours. Le danger est réel de voir fleurir une surenchère plus ou moins camouflée car les enjeux sont énormes. Ce scénario est très probable et doit être combattu. Cela risquerait de voir les masters se transformer rapidement en centre préparatoire aux concours, ce qui n’est pas l’objectif souhaité.
  4. N’étant pas soumis à des directives nationales fortes et à la compétition inter-établissements car le quota de lauréats serait garanti, le master pourrait alors permettre de libérer les énergies et favoriser ainsi les innovations pédagogiques sur les sites (ces dernières n’étant évidemment pas dans le programme des concours). Elles seront alors diffusées sur l’ensemble du territoire.

Le concours est-il soluble dans le master ? La réponse dépendra de la bonne volonté des acteurs de la réforme (ministères et universités).

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