En 2005, Jorge Hirsh a proposé un indice bibliométrique qui connaît un grand succès. Il s’agit d’un subtil mélange entre productivité et impact des travaux de recherche (voir ici pour plus de détails). Cet indice, appelé le « H-index » (ou facteur h, ou encore indice de Hirsh), se résume à un seul chiffre et est très facile à obtenir via les bases de données de Web of Science, Scopus, Publish or Perish ou encore Google Scholar. Ce H-index n’est pas exempt de défauts mais plus grave encore, des chercheurs en médecine ont noté l’émergence d’un éventail de comportements socialement indésirables associés à la montée en puissance de cet indicateur de performance. La suite de ce billet est très librement inspirée par un article récent de Horne et al., 2009, spécialistes de médecine comportementale, dans la revue BMJ (ici), publication médicale hebdomadaire destinée aux médecins et qui développe les grands thèmes de la santé (je peux vous envoyer l’article sur demande par mail). Je remercie l’internaute qui a eu la délicatesse de m’envoyer cet article très intéressant. Il me parait essentiel d’en révéler les items importants sur un média de très forte audience (le présent blog) afin que l’ensemble des universitaires de France puisse être informés des pathologies associées au H-index. Le principe de précaution voudrait d’ailleurs qu’on interdise cet indicateur.

H n’est pas français : En France on n’aime pas la lettre H. Dans la plupart des mots qui la contiennent, elle n’est pas prononcée. C’est donc tout naturellement que l’émergence de cet indicateur n’est bien vraiment bien acceptée dans notre pays. Il est devenu très tendance de le dénigrer et d’éviter son utilisation. En effet, avec cet indicateur, on peut constater qu’un chercheur théoricien n’a pas forcement un meilleur h-index qu’un expérimentateur. Il faut reconnaître que c’est difficile à accepter et cela constitue une remise en cause de notre échelle de valeur. C’est absolument insupportable et comme en France on est peu disposé à accepter les remises en cause, on préfère bien entendu penser que cet indicateur H n’est pas crédible. Toutefois, étant fortement utilisé à l’étranger, cela continue de provoquer un certain malaise.

Quand la lettre H remplace le X : Accéder à son h-index est très facile. En deux clics de souris, le chiffre apparaît sur l’écran. On peut aussi avoir tout aussi facilement celui de ses collègues. Attention, c’est un sport qui se pratique en secret. Ainsi il est observé une évolution des activités que l’on peut livrer en cachette sur son ordinateur.

H-amnésie : Lors de discussions entre universitaires, il est très naturellement de bon ton de feindre d’ignorer le h-index de ses collègues. D’ailleurs on ne connaît pas le sien non plus, bien entendu … Le H-index conduit donc à des troubles de la mémoire.

Bombe H : Quand on regarde son h-index pour la première fois, c’est un choc terrible. C’est l’effet « Bombe H ». C’est assez difficile de s’en remettre. Si on reste seul pendant cette étape délicate, cela a des répercutions quasi-immédiates et catastrophiques sur ses prétentions de carrière ou tout simplement la perception que l’on peut avoir de soi, cette dernière étant très souvent fortement dépréciée. Diverses manifestations peuvent être observées durant et peu après cette étape : forte charge émotionnelle au stade de la découverte parfois suivi d’évanouissement (H-ystérie), suivie par une maladie psycHosomatique chronique (syndrome de stress post traumatique), et parfois par la psycHose (voir ci-dessous). Le meilleur échappatoire reste d’aller rejoindre les démineurs dénigreurs d’indicateurs.

H-omonymie: Quand on veut connaître son h-index et qu’on a un nom relativement commun, c’est un enfer. On peut passer un temps fou pour faire correctement la mesure. De plus, un homonyme peut facilement vous voler la vedette sur l’ensemble des bases de données, y compris dans Google, de sorte que votre travail devient quasi invisible. Cela conduit à des symptômes existentiels.

H-sélectif : Calculer son h-index sur Google scholar et celui de ses collègues sur le  ISI Web of Science

PsycHose : La psychose chez les chercheurs est un état délirant dans lequel le patient perçoit son h-index beaucoup plus élevé qu’il ne l’est réellement et se comporte en conséquence. Cet effet est souvent associé au fait que le patient a négligé l’hypothèse qu’il pouvait avoir des homonymes. Dans les cas extrêmes, il peut succomber à la croyance délirante qu’il a rédigé un papier dans la revue Nature.

H-académique : Pratique souvent inconsciente qui consiste à s’entourer de personnes ayant un h-index plus faible que le sien. Cela permet d’accroître son estime de soi et à être plus à l’aise dans ses rapports avec ses congénères. Cela peut impliquer des modifications dans la participation aux réjouissances académiques comme par exemple assister à des réunions qui auraient normalement pu être évitées.

H-indexisme : Pratique qui consiste à nommer quelqu’un sur un poste universitaire en prenant en compte le h-index plutôt que les facteurs traditionnels d’apparence, de l’école fréquentée, ou des accointances plus ou moins prononcées avec les membres du jury de recrutement.

H-nombrilisme : Pratique exagérée de l’autocitation, basée uniquement sur le principe que plus on a de citations pour un article, plus son h-index peut devenir grand. Cela conduit à restreindre sa bibliographie et centres d’intérêts sur ses propres articles ou travaux, avec éventuellement une ouverture sur des collègues qui potentiellement pourraient vous citer.

H-insomnie: Conséquence fréquente lorsque la citation d’un collègue pourrait être envisagée dans l’écriture d’un article. Cela doit être réalisé avec parcimonie car il ne faudrait pas que ce collègue augmente trop son h-index à cause de vous. Il pourrait alors passer devant vous lors d’une promotion ou concours si jamais un jour on tombait dans le H-indexisme précédemment cité. Ces subtiles réflexions peuvent provoquer des troubles du sommeil.

HAART -highly articulate angry response to teaching : réaction qui se manifeste quand un directeur de département ou d’UFR « invite » un universitaire à s’investir plus amplement dans le premier cycle d’enseignement, sur la base d’un h-index un peu faible. Cette pratique n’a pas encore pénétré dans nos nobles universités françaises. A ne pas confondre avec un traitement antirétroviral hautement actif (Highly active antiretroviral therapy – HAART).

Si vous souffrez d’un des symptômes précédemment cités, n’hésitez pas à consulter. Le Dr. RacHel est à votre écoute. Le prix de la consultation ne vous coûtera qu’une place de co-auteur sur l’un de vos articles. N’hésitez pas non plus à poster ci-dessous des symptômes qui n’auraient pas encore été répertoriés. C’est une question de santé publique !

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