On se souvient de l’appel du 15 mai dernier par les « refondateurs d’universités » : « L’université est, pour nombre de ses composantes, à peu près à l’agonie ». Qu’est-ce qui a été fait depuis cet appel ? Force est de constater que cet automne est bien fade pour l’université. Après plusieurs mois de lutte acharnée pour refuser les réformes en hiver/printemps dernier, l’atmosphère reste tendue et on sent qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que tout dérape de nouveau. Deux dossiers très importants sont actuellement potentiellement explosifs ; il s’agit de la mastérisation de la formation des enseignements et du devenir des IUT dans le cadre de la nouvelle configuration imposée par la LRU.

Les difficultés de la mise en place de la mastérisation sont complexes. Ce processus faisait, il y a encore peu, une assez large unanimité parmi les différentes partenaires du projet (gouvernement, CPU, CDIUFM, principaux syndicats). Mais quand il a fallu concrétiser cela avec précision (construction des formations), de vifs désaccords sont apparus. Il assez évident que les propositions actuelles du gouvernement ne satisfont personne et doivent évoluer. Mais contrairement à ce que certains tentent de faire croire, il n’y a pas de front cohérent contre cette réforme. Ça ressemble davantage à une triste cacophonie. On trouve ceux qui voudraient plus d’enseignements disciplinaires et ceux qui veulent plus d’enseignements professionnels (on trouve aussi ceux qui veulent plus des deux !). Il y a ceux qui veulent le concours en M1 (bref comme avant) et ceux qui le veulent en M2. Il y a ceux qui préconisent une forte mixité avec les autres masters et ceux qui luttent pour préserver le confinement de cette formation dans les IUFM en prenant bien garde que surtout il n’y ait pas de mélange. Il y a aussi, bien évidemment, ceux qui voient une belle occasion de remettre le feu dans les universités. A cela s’ajoute un comportement incompréhensible des ministres concernés (L. Chatel et V. Pécresse) qui communiquent de façon catastrophique, à se demander s’ils ne feraient pas exprès d’entretenir la confusion. Pourtant cette mastérisation est réellement une chance pour l’université (voir mes billets précédents sur le sujet ici et ici). Un échec de cette réforme la priverait de l’essentiel, c’est-à-dire de rapprocher l’université de l’enseignement secondaire. Cette connexion est indispensable si l’université souhaite peser encore pour quelque chose dans les premiers cycles de l’enseignement supérieur.

L’autre gros dossier est celui des IUT. Curieusement il n’est pas beaucoup médiatisé, pourtant il est lui aussi une bombe potentielle pour l’université. Résumons brièvement la situation : dans beaucoup d’universités, les IUT sont mécontents de devenir des composantes comme les autres. Ils sont inquiets car la LRU donne à leurs universités de rattachement la responsabilité de leur attribuer budget et personnels (en nomination et gestion). On pourra lire sur le sujet mes billets précédents « IUT maltraités », « IUT : le grand malaise »  et « Les IUT sont une chance ». Certains acteurs des IUT luttent pour qu’ils se séparent de l’université avec la création d’instituts de technologies, bien séparés des filières académiques de l’université. Si cette catastrophe se produit, alors l’ensemble de l’enseignement technologique se fera hors université. Cela accroîtra encore la fameuse segmentation de notre enseignement supérieur qui nous est tant préjudiciable et fera plonger encore plus l’université. On ne peut qu’être étonné ici de la piètre aptitude de nos gouvernants universitaires à conduire des négociations constructives avec les IUT, car l’intérêt commun est évident.

Il faut croiser les doigts pour que les différents acteurs gardent leur sang froid tant ces deux dossiers sont importants pour l’avenir de l’université. Quand on connait les freins qui sont en action quand on envisage quelques modifications à l’université, on peut être très inquiet. Le noniste triomphera-t-il ? L’agonie de l’université se transformera-t-elle en mort clinique ? Ou bien au contraire parviendra-t-on a trouver une voie qui lui fera espérer une prochaine résurrection ?

Ce mois de décembre sera capital pour ces deux dossiers … et pour l’université!

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