La distribution des primes pour les enseignants-chercheurs est un peu chaotique cette année. C’est une année de transition, entre la PEDR (prime d’encadrement doctoral et de recherche) et la PES (prime d’excellence scientifique). Les critères d’attribution ont été un peu modifiés mais surtout les modes d’attribution ont changé. Plutôt que d’être directement gérées par le ministère, c’est maintenant aux universités de distribuer les primes. Toutefois toutes les universités ne sont pas encore autonomes et n’ont pas forcement de structures (commissions) adaptées à cette nouvelle configuration. Le ministère a donc mis en place une instance d’experts nationaux selon les sections CNU. Ces experts sont chargés de faire l’évaluation des dossiers (la prime étant possible que si un dossier spécifique a été transmis à cet effet). Ils ont reçu pour consigne de classer les dossier dans 3 catégories (A, B et C ; selon la qualité scientifique du dossier) et doivent respecter des quotas pour chacune des catégories (20 % pour A, 30 % pour B et 50 % pour C). Ce classement A, B, C s’est effectué en quatre critères : production scientifique, encadrement doctoral et scientifique, rayonnement scientifique, responsabilités scientifiques. Les avis des experts sont ensuite transmis aux universités qui se chargent de la distribution à partir d’une dotation globale dédiée à ces primes. On peut noter que les universités ont tout loisir de suivre ou non les avis des experts, comme par exemple donner les primes aux personnels notés C mais les refuser aux personnels notés A et B (ou tout autre configuration).

Peu d’informations sont remontées des instances d’experts nationaux. Un document intéressant a été rendu public par les mathématiciens des sections 25 et 26 du CNU (mis en ligne sur le blog « Histoires d’Universités », texte des mathématiciens ici). Le comité « a regretté de ne pouvoir donner la note maximale A à plus de 20 % des dossiers ». Certains dossiers classés en B sont également excellents. Des dossiers notés C sont également jugés très bons. Dans ces conditions, le comité juge « qu’il serait incompréhensible que les établissements n’accordent pas la prime de manière quasi-systématique aux candidats notés A ou B. En outre, ceux qui en auraient les possibilités budgétaires, ne doivent pas hésiter à accorder la prime y compris à certains dossiers notés C […] ». Bref, tout cela est compliqué. On serait tenté de dire : tous excellents ?! Il est vrai que tous les EC ne déposent pas de dossier de primes, seuls ceux qui pensent avoir un bon dossier tentent leur chance. A tous les coups on gagne ? C’est maintenant aux universités de décider comment ces primes seront distribuées. C’est pourquoi Irnerius conclut sa chronique « primes PES » par la phrase « La pagaille attendue dans les universités est à suivre ! ». Je peux confirmer que ce n’est pas simple … Libres et responsables ? cette prime est un test intéressant ! (commentaires bienvenus sur les expériences …).

Quatre universités ont décidé de ne pas demander l’avis des experts. Il s’agit d’Aix-Marseille 2, Clermont 1, Paris 6 et Toulouse 1. C’est leur droit car elles sont déjà passées aux responsabilités et compétences élargies (RCE) pour la première vague (1er janvier 2009). Compte tenu qu’il y a actuellement 18 universités sous le régime RCE, cela représente donc un pourcentage de 22%. Ces universités ont donc mis en place une instance locale pour examiner les dossiers, contrairement aux autres universités qui voient les dossiers de leurs personnels passer dans une instance nationale.

Examinons plus en détail comment l’université Paris 6 a géré la situation. Pour justifier son choix de gérer ces primes en interne, l’université considère qu’elle est la mieux placée pour « connaître et reconnaître l’investissement des enseignants-chercheurs ». On peut constater ici que des universitaires savent prendre leurs responsabilités. Le budget dévolu aux primes représente 4,5 millions d’euros, dont 2,6 financés par le ministère (qui correspond à la dotation des primes PEDR de l’année passée). L’UPMC a donc abondé 1,9 millions d’euros sur fonds propres, ce qui montre une volonté forte de mettre en place une politique de primes. L’UPMC va aussi plus loin car elle redéfinit les contours des anciennes primes. D’abord elle créée une prime de « responsabilité scientifique » qui est destinée aux enseignants-chercheurs qui dirigent des laboratoires. Cette prime n’existait jusqu’à présent que pour les chercheurs qui exerçaient une responsabilité de direction de laboratoire. Ensuite l’UPMC estime que le nom « prime d’excellence scientifique » n’est pas le mieux adapté. Ainsi elle rebaptise celle-ci en « prime d’investissement recherche ». Elle décide ensuite de modifier la répartition entre les grades. La nouvelle répartition est davantage en faveur des maîtres de conférences, si on la compare avec les pratiques de l’ancienne PEDR. De plus le montant de la prime sera indépendant du grade, ce qui n’était pas le cas avant (un PR touchait plus qu’un MCF). Elle décide aussi de réparer (ou d’atténuer) les disparités qui étaient apparues selon les disciplines. Enfin elle créée aussi deux autres primes pour reconnaître les activités pédagogiques des enseignants-chercheurs, une prime de « responsabilité pédagogiques » pour les EC porteurs de formation (qui existait déjà, mais le volume serait maintenant pondéré en fonction du nombre d’étudiants dans la formation concernée) et une « prime d’investissement pédagogique » (ici c’est une nouveauté). L’UPMC prend donc son destin en main et travaille dans la logique de la nouvelle loi LRU. Plus de détails sur ce dossier ici.

A lire également, la PES à Nantes et La Rochelle.