Ségolène va me crucifier sur place quand elle va voir que je lui ai (grand) emprunté son slogan. Mais promis, je lui rends à la fin de ma chronique. Mais pour l’instant, continuons à discuter du « Grand emprunt ». Michel Rocard et Alain Juppé ont donc rendu public leurs conclusions. La moitié du plan de financement est dévolue à la recherche et à l’enseignement supérieur et l’autre moitié sur des actions d’« innovation ». Dans leur rapport, les protagonistes expliquent leurs orientations (texte ici, 128 pages).

Pour être franche avec vous, je n’ai encore digéré que la préface. Elle commence très fort : « Investir pour l’avenir. Parce qu’il faut en finir avec la litanie des mauvaises nouvelles, avec cette vilaine paresse qu’est l’acceptation du déclin ». Cette première phrase m’a fait sourire. Je me suis demandé qui était véritablement visé par cette phrase. Qui pourrait bien ventiler dans ce pays des mauvaises nouvelles et être dans une démarche d’acceptation du déclin ? A ça c’est une bonne question ! Comme j’ai l’esprit très mal tourné, j’ai pensé que, peut-être, les auteurs avait en tête l’université … c’est vrai que l’université, malgré ses forces évidentes, n’a pas vraiment montré d’aptitude à prendre son destin en main et se positionne essentiellement dans une démarche de dénégation systématique qui la plonge chaque jour un peu plus bas, tout cela bien aidé il est vrai par quelques organisations nonistes qui parlent haut et fort (par exemple SLU – Sabordons l’Université).

Le reste de cette préface est un peu décevant, j’avoue m’être un peu ennuyée. Mais elle ne fait que deux pages ; c’est un ennui supportable. Cette préface avait aussi commencé sur le thème de la confiance « investir pour l’avenir, parce que nous avons confiance », et c’est sur ce même thème qu’elle est conclue « Mais il [le rapport] affirme et réaffirme que la lucidité aujourd’hui, en même temps que notre seul choix, c’est la confiance ». Ce thème de la confiance, on ne l’a pas assez discuté ces derniers temps, en particulier lors de la crise de l’université au printemps dernier. Comme le montre les multiples attitudes de méfiance/défiance envers le gouvernement, le monde universitaire n’a pas confiance. C’est bien évidemment un obstacle important car on ne pourra jamais aller bien loin si la confiance n’est pas au rendez-vous. D’un autre coté je suis persuadée que, comme le dit la préface, « notre seul choix, c’est la confiance ».  Ainsi donc on se retrouve devant une difficulté : on n’a pas confiance et on n’a pas d’alternative, sauf de suivre les nonistes qui luttent pour conserver le système actuel, ce dernier étant à l’agonie pour nombre de ses composantes (comme disent les réfondateurs d’université).

Disons le franchement, moi non plus je n’ai pas vraiment confiance. Une idée serait de prendre notre destin en main et de ne pas se laisser piloter par un pouvoir central politique. On pourrait réformer notre université de sorte à accéder à une certaine autonomie (dont l’ampleur serait à discuter). Devenir autonome, n’est-ce pas se démarquer de ce gouvernement auquel on n’a pas confiance ? On pourrait aussi en profiter pour mettre en avant des notions importantes telles que la liberté et la responsabilité. Alors on ferait une proposition de loi que l’on appellerait « LRU, loi relative aux libertés et responsabilité des universités », ou quelque chose approchant. Je reste persuadée que la communauté universitaire a le potentiel pour prendre son destin en main. Si elle le fait, et si elle a confiance (lire ici confiance en elle-même), elle fera des miracles. La société du futur que nous voulons construire, ce n’est pas un gouvernement qui va la fabriquer, c’est l’imagination des hommes – et en terme d’imagination, les universitaires en ont à revendre.

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