Nous avons eu en fin de semaine dernière un communiqué concernant le fameux Grand Emprunt (c’est curieux comme on fait souvent en grand ces temps ci, un « Grand Paris », une « Grande Société »…) projeté par le gouvernement français. La Commission Rocard-Juppé a conclu que quasiment la moitié (donc plus de 49%) de l’emprunt devrait être affectée à l’enseignement supérieur et à la recherche. Si l’on prend en compte certains autres postes (numériques, nanotechnologies) on se rend compte qu’en plus des seize milliards du premier poste un certain nombre d’autres sommes devraient elles aussi contribuer à injecter de l’argent frais dans l’enseignement supérieur et la recherche. Il est prévu que l’argent soit emprunté sur les marchés et non souscrit auprès des particuliers, dont on a mesuré la tiédeur depuis l’annonce du concept de l’emprunt par le Président (rappelons cependant que le concept vient en réalité du nouveau maître du Gosplan français, le lieutenant Guaino, lequel aurait voulu un emprunt de plus de cent milliards).

Pour un secteur et des catégories qui depuis longtemps réclament des sous, cet emprunt, s’il a effectivement lieu et peut faire rentrer les sommes désirées (car le niveau de déficit inquiète et il ne faudrait pas que des accrocs viennent mettre en doute la solvabilité d’un état notoirement panier percé), sera sans doute un cadeau bienvenu. Sera-t-il, pour autant, un tournant?

En effet, l’effet bénéfique escompté de l’emprunt a bien pour objectif de permettre une modernisation et un nouvel allant pour l’université et pour la recherche. Cela accompagne les projets actuels, supposés dans l’esprit de la loi LRU, de l’intégration dans des réseaux de dimension européenne et internationale, de la création de pôles de compétitivité, de regroupement  entre universités et grandes écoles. Autant de chantiers qui en sont à leur début et comme chacun le sait ici, objet de résistances, de refus manifestés de façons diverses et au service de différentes causes. Le seul apport financier va-t-il convaincre les nonistes? Ils clament haut et fort leur refus de l’argent et de ses valeurs qu’ils ne veulent pas voir polluer l’université et la recherche, et on peut se demander quelle va être leur attitude face à de nouvelles enveloppes budgétaires apportées, précisément, parce que des capitalistes sur les marchés globaux auront jugé que les obligations émises par l’État français représentent un investissement qui en vaut le coup? Quid des réformes aussi? L’argent doit-il servir à les effectuer, ou, au contraire, ce sont les réformes faites qui permettront à cet argent d’avoir un effet multiplicateur d’activité?

Autant de questions qui montrent bien que l’attitude des acteurs de l’université et de la recherche dans les mois à venir est vraiment capitale. Il ne suffit pas d’avoir des sous: l’État en France, depuis l’époque royale, connait mille et une façons de faire rentrer de l’argent, mais il a aussi une culture du déficit chronique qui transforme, aussi de façon chronique, en pénurie financière une situation de richesse potentielle. Le grand emprunt sera en définitive ce que les universitaires et les chercheurs sauront en faire. Ils peuvent continuer dans leurs options actuelles, en estimant que cet argent leur était dû et qu’ils n’ont pas à le rendre de quelque façon que ce soit. Ils peuvent au contraire démontrer que les prêteurs ont raison de leur faire confiance, qu’ils sont travailleurs, innovants, capables, même de façon iconoclaste, de créer de nouvelles structures et cultures à leur travail qui fera rayonner leur activité à l’échelle au delà du pays…

Mais nous sommes dans l’incertitude, et on se demande bien donc, si on s’apprête à emprunter de façon utile

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