Vendredi dernier (13 novembre), V. Pécresse et L. Chatel ont présenté leurs décisions concernant la réforme de la formation et du recrutement des enseignants. Cela a déclenché des réactions très hostiles (parfois même assez virulentes), d’amalgames, d’argumentaires biaisés et de procès d’intention.  On se demande si cette réforme ne va pas remettre le feu aux poudres tant la confusion est grande. C’est manifestement ce que recherchent certaines organisations syndicales ou autres coordinations de lutte. Pourtant, ce sujet d’importance mériterait qu’on évite cette guérilla politique ou idéologique. Encore une fois, on ne peut que constater l’incapacité des acteurs à conduire un dialogue constructif.

A la lecture des décisions des ministères et des réactions de ces derniers jours, j’avais commencé à écrire un billet pour les commenter, mais voilà que ça m’a vite énervé. Alors je me suis dis : ma petite Rachel, tu vas te calmer et reprendre ça plus tard car on ne fait rien de bien quand on est dans le n’importe quoi. La sagesse, quoi …

Hier (17 novembre), V. Pécresse et L. Chatel publient sur le site du Monde (ici) une tribune d’opinion dans laquelle ils tentent de défendre leur réforme. Bien entendu on peut accuser les auteurs d’angélisme, de tentative d’endormissement ou de tableau idéalisé. Ce texte est évidemment une défense/propagande de leur projet. Malgré le discours un peu lénifiant, il y a un paragraphe qui a retenu mon attention. Je le livre en entier ci-dessous :

« C’est pourquoi la mastérisation est d’abord une chance pour les enseignants et leurs élèves. Jusqu’ici, un nouveau professeur se formait en deux ans : la première année, il préparait le concours ; la seconde, il débutait devant une classe tout en suivant en parallèle des enseignements pédagogiques. L’apprentissage disciplinaire et la formation professionnelle restaient ainsi cloisonnés. Pourtant, si elles sont bien distinctes, elles ne peuvent rester étanches : enseigner, ce n’est pas seulement savoir, c’est aussi savoir transmettre. Cela s’apprend, au contact des élèves, bien sûr, mais aussi de collègues plus expérimentés. »

Jusqu’ici, on avait donc un concours qui sélectionnait les futurs enseignants et qui n’était basé que sur l’acquis théorique (disciplinaire). Donc on sélectionnait les étudiants sans aucune préoccupation pour leur aptitude à enseigner (savoir transmettre). C’est bien une approche typiquement française que de penser que l’approche théorique est la seule façon de trier et orienter les étudiants. Pour la formation des maîtres, c’est un peu comme considérer la formation professionnelle comme un « complément », une fois le grand essorage terminé. Un étudiant possédant des qualités exceptionnelles de pédagogie ou de contact avec les élèves, mais possédant des aptitudes théoriques moyenne, n’a aucune chance de devenir enseignant actuellement. On pourra lire mes deux billets précédents pour plus de détails sur le sujet « le positionnement du concours» et « la finalité du concours », dans lesquels on tente de discuter cette bizarrerie française.

Un autre paragraphe a également retenu mon attention, très curieusement très peu mis en avant lors des discussions sur la réforme, et encore plus curieusement très soigneusement délaissé par la communauté universitaire.

« C’est pourquoi cette réforme est aussi une chance pour nos universités. Depuis toujours, celles-ci sont le lieu où les maîtres forment des maîtres. Il était paradoxal de les écarter de la préparation de nos futurs enseignants. Car c’est là, au contact de la recherche et d’enseignants-chercheurs expérimentés que nos étudiants pourront le mieux apprendre leur métier : qu’elle soit disciplinaire ou plus diversifiée, la qualité de leur formation s’en ressentira. »

Là il faut reconnaître que l’argument est imparable et devrait séduire les universitaires. Je l’apprécie d’autant plus que je l’avais défendu ici même dans mon premier billet sur la mastérisation. Plus qu’une chance, la mastérisation est une opportunité unique de réconcilier la jeunesse avec l’université et de travailler à combattre son contournement. C’est aussi une chance de sortir les étudiants des boites hermétiques que sont les IUFM. Très paradoxalement, ce sont pourtant les universitaires qui sont les plus hostiles à cette mastérisation ! Je ne comprends pas bien leurs motivations si ce n’est que ça contribue à discréditer encore un peu plus l’université auprès de la société. On se demande si, finalement, ça ne serait pas le but recherché, comme une sorte de suicide collectif.

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